Thomas, en quête d’optimisation

thomassur10ans

 

Thomas ne cherche pas à être très massif. Il a obtenu un volume très correct en pratiquant la musculation traditionnelle, qu’il a pu affiner, optimiser avec la Méthode Lafay.

“Je ne cherche plus à devenir le plus costaud. Je souhaite optimiser un acquis obtenu grâce à la musculation traditionnelle et mettre l’accent sur la définition musculaire que m’a apporté la méthode en très peu de temps. Etant un ancien gras du bide (voir photo 10 ans), le concept que tu as créé permet de sécher rapidement, peut-être même trop !”

Etant adolescent, Thomas était très maigre et il pesait 52 kgs pour 1m71 à l’armée. C’est là qu’il a décidé de se mettre à la musculation. Et il a pris le chemin le plus rapide.

Thomasentranement“1994, premier club. Un gars me repère et me propose des produits interdits à la vente. Je les ai achetés sans savoir ce que je prenais… mais le résultat fût surprenant seulement un mois après. Ma carrure avait augmenté considérablement. J’étais massif sans être détaillé, mais enfin heureux d’être impressionnant. J’ai continué à les prendre et je suis monté à 74 kgs à peu près. Par la suite, le revendeur s’est fait arrêté pour exercice illégale de la médecine.”

A part des boutons dans le dos, Thomas n’a pas eu d’effets secondaires autres. Il a continué à procéder ainsi. Il est devenu massif, mais n’avait plus aucun recul et était très susceptible lorsqu’on lui disait qu’il était allé trop loin.

“J’étais ultra gonflé et je n’avais strictement plus aucun succès auprès de la gente féminine, c’était dur à vivre et je prenais mal les critiques à cette époque, soupçonnant les gens d’être sévèrement jaloux ! Mi 99, je prends enfin conscience que je suis allé trop loin pour guérir mes complexes précédents de maigreur ! En 2000, je redeviens de nouveau d’apparence normal, longiligne et bien.

C’est en 2009 qu’il décide de reprendre le chemin des haltères. Et, en 2011, il commence à être à nouveau satisfait de son apparence. Mais il ne se trouve pas assez “tracé”.

Autre problème, j’en ai marre de soulever des poids et de me rendre en salle. En parallèle, j’entame un sport de combat à 38 ans où je m’aperçois que mes longs efforts en salle ne sont pas efficaces sur le tatami. Je suis lent et peu endurant. Pascal, mon maître, nous fait travailler uniquement en PDC. Je découvre avec dédain cette méthode de musculation ‘’du pauvre’’ car, évidemment, rien ne vaut une bonne salle de sport avec ses multiples appareils !

Thomas réfléchit de plus en plus à la musculation au poids du corps, il la trouve efficace et finalement digne d’intérêt. Début 2012, il entend parler de la Méthode Lafay et décide de tester.

Après seulement quelques minutes de lectures, en tant qu’ancien ingénieur en Telecom, spécialisé dans l’optimisation des antennes relais GSM, il s’avère à mes yeux que la Méthode LAFAY est basée sur un concept intelligent d’ingénierie humaine.

Pour lui, la Méthode est écrite comme un “processus de réparation pour les machines”, sauf que les machines à réparer seraient les corps humains. Entièrement convaincu, il se met donc à pratiquer.

 

Après 3 semaines de Méthode

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Le 24 mars 2012, mes premiers dips sur des chaises. Je lis scrupuleusement la Méthode et ça va très vite. En une semaine intensive, je vois des résultats sur mon poids qui est à la baisse (je m’entraînais le matin). Je ne change pas spécialement mon alimentation, mon but n’étant pas une prise de masse. En peu de temps, je passe de 65 kgs à 63.5 kgs. C’est impressionnant, les muscles sont très apparents, mais je perds de ma carrure. Je me sens bien dans ma peau et mon challenge de ‘’statue grecque (LOL) ‘’ est désormais à ma portée.

 

Mai 2012

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Son physique n’a cessé de s’affiner et de se proportionner depuis, tout en reprenant progressivement du volume musculaire Il a acquis une condition physique et une esthétique très satisfaisantes, qu’il veut continuer à optimiser.

 

Aujourd’hui

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Mon objectif sportif est désormais de continuer dans le PDC et d’avoir la vie la plus saine possible, sans prendre de poudres diverses et surtout de prendre du plaisir à pratiquer la musculation sans souffrir ou me blesser. Mon autre challenge est de continuer à renforcer mon endurance et ma rapidité pour le sport de combat que je pratique.

 

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Pour finir, Thomas, plaide pour une meilleure compréhension et application de l’efficience, telle que je la décris sur ce blog. Il y a des idées à comprendre et des stratégies à appliquer, pour ne plus s’entraîner selon le no pain no gain, et avoir des résultats exceptionnels et rapides, tout en pouvant consacrer son énergie à autre chose que la musculation.
La construction du corps doit être subordonnée à la construction de soi. Apprenez à cultivez l’efficience, optimisez.

Le problème Olivier, c’est que beaucoup prennent ton livre et le lisent en transversal. Ca me fait penser à Renault qui produit des voitures populaires. Ouvre Autoplus et tu liras nombre de boites pétées, car des bourrins il y en a pleins. Et malheureusement, ta méthode doit être parfois utilisée de cette façon. Les progrès ne peuvent pas venir. C’est ceux-là qui ensuite se plaignent sur ton mur !

 

Evolution, de mai 2009 (fonte) à mai 2012 (1 mois et demi de Méthode Lafay)

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La construction d’un modèle alternatif (autorégulation, boucle, efficience) – Part I

Marcos01Les « limites » naturelles que l’on peut atteindre en pratiquant la musculation n’ont guère changé en 200 ans. Ainsi, un sportif d’environ 1m80, qui pratique la musculation traditionnelle, peut espérer atteindre 43 cm de bras, au bout de nombreuses années d’efforts acharnés. Très exceptionnellement, il atteindra 45 cm.
Cet article, en trois parties, explique pourquoi si peu de pratiquants de la musculation traditionnelle atteignent de telles mensurations (et les performances qui vont avec). Il s’agit d’une élite, dont les membres sont célébrés comme autant de héros légendaires. Vous verrez qu’il existe des liens étroits entre élite, no pain no gain et limites naturelles.
L’article explique aussi pourquoi la Méthode Lafay a pu démocratiser l’accès à ces limites, permettant à de nombreux sportifs d’atteindre rapidement 42 cm, avec un investissement physique et psychologique relativement peu important. Vous disposerez alors d’indices clairs sur les raisons qui font que la Méthode Lafay permet également de repousser ces limites naturelles.
Nul besoin d’être un guerrier du muscle pour réussir.
Pour finir, vous comprendrez mieux les liens irréductibles entre dopage (drogues de la performance) et musculation traditionnelle.

Chaque jour, ce que nous faisons construit notre destin. Nos pensées et nos actions forgent notre histoire.
D’où l’importance de bien savoir ce que nous faisons et comment nous le faisons.

Le nombre de commentaires de l’article Cédric Villani et le Constructivisme, publié le 30 août 2012, est inégalé à ce jour (plus de 250). Parmi ceux-ci, l’on trouve plusieurs fois des questions relatives à la notion d’autorégulation, que l’article aborde rapidement.

 

Marcos02L’un des participants, Denis, intervenant régulier sur les espaces internet liés à la Méthode, a abordé le sujet lors d’une conversation privée, dans l’idée de le développer auprès des lecteurs. Je lui ai alors transmis des éléments destinés à nourrir sa réflexion (idées, références) et lui ai laissé la charge de les assembler.

Denis est déjà l’auteur d’un article de qualité, particulièrement bien reçu par le public : Boucle et Mini boucle, rel+

oaded.

Mais avant de vous livrer sa prose, je désire au préalable éclairer la réflexion en définissant rapidement le cadre dans lequel elle va s’exercer. Et, pour ce faire, je vais commencer par reprendre la terminologie de Siegfried Schmidt, constructiviste radical.

 

Avez-vous déjà songé au fait que, pour chaque « position » que vous prenez au cours de votre vie, il existe nécessairement une « présupposition »?
« Quoi que nous fassions, nous le faisons sous la forme d’une position : nous faisons ceci et pas autre chose. »
Et nous pensons, et nous agissons, toujours sur la base de présuppositions généralement inconscientes. Celles-ci sont constituées de nos expériences passées et de nos apprentissages. A l’arrière-plan de la conscience, rangées dans des cases, se trouvent des informations sur ce que l’on doit ou ne doit pas faire; et comment le faire.
Nous ne sommes pas des dieux qui créeraient ex-nihilo les conditions de leur existence. Nous ne sommes pas « libres ». Nos valeurs, nos pensées, nos actes sont les fruits d’une histoire, elle-même générée et encadrée par des programmes culturels.

Ces programmes sont les produits du tri et du stockage par la société de solutions qui se sont avérées (ou que l’on a pensé) valables à un moment donné, face à divers problèmes.
Ainsi, par la culture, nous disposons d’un « stock de solutions » pour répondre à nos questions sur :
– le sens de la vie;
– la manière de comprendre et gérer les relations humaines;
– la manière de se gérer soi-même;
– la manière de régir le corps et l’esprit;
– le rapport idéal à l’environnement;
– la manière de transformer le monde (artisanat, industrie, architecture, agriculture, etc).

Le stock disponible pour chacun est plus ou moins vaste selon les époques, les groupes sociaux, le sexe, l’âge, l’éducation reçue. La précision et la pertinence de nos réponses aux sollicitations de la vie dépendent de nos conditions d’accès à un stock de solutions important et diversifié.

Marcos04Lorsque nous décidons de nous muscler, nous le faisons relativement à cette culture qui nous construit depuis l’enfance. Nous nous structurons à partir des modèles qu’elle impose et des pratiques qu’elle propose. C’est la culture qui dicte le désir d’avoir du muscle et qui informe des outils et comportements permettant d’y parvenir. Elle le fait parce que, en tant que « programme », elle intègre le muscle comme une possible solution à nos problèmes existentiels.

Nous sommes alors dirigés vers un milieu désigné a priori comme pourvoyeur de solutions concrètes, a priori apte à faire de la solution fantasmée une solution effective. Nous sommes littéralement aspirés par un milieu culturel dominant spécifique, que l’on peut décrire comme un ensemble de codes, de valeurs, d’outils, de solutions, dont la finalité est de produire du muscle

La culture de la musculation régit :
– ce que l’on doit penser de la musculation (son intérêt, les solutions qu’elle est censée apporter);
– l’entraînement (le lieu idéal, le matériel qui est choisi, les exercices, les programmes, la gestion du repos);
– l’attitude mentale à l’entraînement et en dehors des entraînements (l’état d’esprit demandé pour être considéré comme un bon pratiquant – autrement dit : l’investissement psychologique requis, la gestion de l’effort).

Ainsi, avant même de débuter un entraînement de musculation, nous avons en nous un a priori, qui n’est qu’en partie conscient, sur le pourquoi et le comment de la musculation. Le formatage commence avant même d’entrer dans une salle de musculation et celle-ci (associée aux médias spécialisés) va l’achever.

La tradition culturelle, en musculation, reflète les enjeux de la société contemporaine. C’est-à-dire que l’on retrouve dans le domaine exclusif du muscle les valeurs dominantes de notre société, celles qui déterminent nos actions, et qui vont donc déterminer les modèles permettant de résoudre le problème de la transformation corporelle.

La thématique essentielle, autour de laquelle s’agrègent ces valeurs, la soutenant et la guidant, est celle de la performance, qui affecte tous les aspects de la vie de l’individu. On peut même parler de culte de la performance tant l’exigence est prégnante, incontournable. Ce culte est la conséquence d’un processus historique, ayant provoqué l’émergence des libertés individuelles et culminant dans le devoir d’être soi. 

 

Marcos05Durant les deux derniers siècles, le modèle traditionnel de société, qui encadrait le devenir de l’individu, a progressivement vacillé, contraignant peu à peu ce dernier à devoir inventer sa vie, faute de pouvoir continuer à compter sur le chemin tracé par les ancêtres.

Forcé à la mobilité, coupé de ses racines, happé par l’usine, engagé dans des collectivités nouvelles et devenant citoyen, l’individu s’est vu attribué une identité; et ses responsabilités vont, dès les années cinquante, dès son entrée dans la société de consommation, se multiplier et se diversifier très rapidement. En devenant acteur du social et de sa vie, il est constamment tenté et sollicité. Ce qu’il est et ce qu’il peut être devient une question, son identité devient un enjeu.

En entrant dans une société d’abondance, nous sommes devenus acteurs de nos vies. La généralisation du confort et des loisirs laissent du temps pour penser à soi, pour se donner de l’importance. Nous sommes alors amenés à faire des choix afin de décider des modalités d’expression de notre importance et de notre singularité, que ce soit au niveau matériel ou spirituel, car nous sommes également entrés dans un monde incertain, où le progrès technologique bouleverse sans cesse l’environnement et les traditions, et où la religion d’état recule, concurrencée par d’autres valeurs spirituelles. Cette perte de repères contraint à se positionner, égarés que nous sommes par cette perte des repères, autrefois donnés d’emblée par une tradition sans équivoque.

Au niveau social, nous devons également être acteurs, non seulement parce que nous sommes citoyens, mais aussi parce que nous avons vu des perspectives d’évolution s’ouvrir pour nous et notre descendance. En cherchant à évoluer, à intégrer des groupes très divers, nous devons faire des choix constants, nous devons nous adapter rapidement, prendre les bonnes décisions, en concurrence avec d’autres individus animés par les mêmes aspirations de changement personnel et familial, et de valorisation de soi. Nous sommes alors amenés à tester des modèles, à rechercher dans le stock de solutions fournies par la culture de quoi inventer notre modèle propre, notre identité.
L’individu contemporain est soumis à une exigence d’autonomie.

 

Marcos03L’obligation d’adaptation permanente, si elle est émancipatrice, est également source d’un grand stress. C’est une tension énergivore, qui paraît irréductible, où l’esprit n’est jamais complètement en repos, et qui cause donc une grande souffrance intérieure. Sauf à abandonner volontairement le terrain de la confrontation à soi et aux autres, l’incapacité à se dépasser soi-même est vécue comme un échec personnel, auquel s’ajoute un jugement social négatif. L’inadapté est rejeté. La solution, lorsque l’on ne peut ni éradiquer, ni fuir ce stress, est de le revendiquer. On va donc théoriser l’acceptation de la souffrance, afin de se montrer, à soi-même et aux autres, comme étant le maître de sa vie. On cherche un compromis qui permet d’être officiellement l’associé de sa souffrance, plutôt que de donner l’impression d’en être la victime, ce qui est socialement inadmissible.
C’est donc une double et formidable pression qui s’exerce sur l’individu contemporain : il est contraint de lutter pour être… et de (se) dire qu’il aime ça.

Lorsqu’il s’agit de théoriser l’acceptation de la souffrance, nous le faisons tout naturellement, en nous appuyant sur le stock culturel à notre disposition. Nous nous racontons une histoire, faite de l’association de divers éléments culturels, puisés dans notre univers privé ou lors de rencontres (école, tv, sport, cinéma, politique, arts, romans de SF ou de fantasy, essais, littérature).

 

L’histoire dominante de notre société, celle que la plupart des gens se racontent, ressemble à peu près à cela :
L’accès à l’information, pour tous, a rendu le monde petit, transparent, et a mis en relief son absurdité. Si autrefois, l’individu devait traverser une « vallée de larmes » (psaume 84) avant de pouvoir entrer dans la maison de Dieu, il n’est plus certain que cette traversée mène à la vie éternelle. Désemparé face à la mort de Dieu (Nietzsche), l’individu se révolte contre sa mortelle condition (Camus), et décide de lutter, en repoussant toujours les limites, en s’inventant un sens, au travers du dépassement constant de soi, pour accéder au surhomme. Il imite le christ, se sacrifiant pour accéder à un au-delà de lui-même. En s’imposant la douleur, en s’imposant de multiples épreuves desquelles il espère au final triompher (épopée), il échappe ainsi à l’ordre naturel de la soumission au monde, et récolte comme prix suprême le sentiment de maîtriser sa vie. C’est lui qui décide… 
Mais les impondérables, le chaos qui règne sous les formes stables, l’affaiblissement programmé et visible de toute forme de vie, lui font conjointement ressentir qu’il est le jouet de forces qui le dépassent (tragédie). La fin de l’aspirant surhomme sera tragique, lorsque ce héros auto-désigné perdra la vie dans un dernier combat inégal, n’ayant pu repousser assez loin les limites, transmettant alors le flambeau aux suivants, la tâche de poursuivre la mission de l’homme révolté.

Les croyants sont épargnés par une partie des angoisses de l’homme occidental contemporain, mais ils n’en sont pas moins, pour la plupart, soumis à cette nécessité d’adaptation permanente et en recherche d’une réalisation héroïque de soi.

C’est dans cette histoire, plus ou moins bien affinée, référencée et racontée selon les personnes, que s’enracine une théorisation de l’acceptation sous forme de devise : no pain no gain. Cette formule, couramment usitée en musculation, synthétise en quelques mots deux conceptions de notre rapport à la souffrance. Dans la première conception, la souffrance accompagne inévitablement le progrès (GAIN with PAIN). Dans la seconde, la douleur précède le progrès (PAIN puis GAIN).

 

vincent03Le no pain no gain est un symptôme, il n’est nul besoin de le connaître, ou de le revendiquer pour lui être soumis, puisque nous sommes malgré tout soumis, par défaut, aux valeurs qui le constituent.
La norme prégnante du surhomme, du héros, de celui qui doit inventer sa vie et repousser les limites, conduit tout naturellement les gens à aborder la musculation sous l’angle du no pain no gain. Ils pratiquent plus ou moins consciemment un culte de la performance et de l’héroïsme où l’on croit que la souffrance doit envahir l’action, en accompagnant, ou même en précédant, tout progrès.

Cette adhésion sans recul aux valeurs dominantes de la société n’est pas sans conséquences. Le dépassement de soi dans la douleur, intégré comme norme comportementale, nous conduit à considérer que l’adaptation de l’organisme ne se fera que s’il subit un stress très important, renouvelé très régulièrement. Il s’agit de forcer l’adaptation. C’est en s’adaptant à la douleur qu’on lui cause que notre corps atteindrait la beauté et produirait des performances.
Cette approche comporte un double risque énantiodromique :
– l’auto-destruction physique et psychique (au lieu de la construction de soi);
– la diminution de l’énergie nécessaire à notre rayonnement dans le monde (au lieu d’un accroissement de nos capacités d’adaptation).

 

Autodestruction : si la beauté et l’athléticité peuvent surgir, au moins temporairement, de l’application d’un stress constant et colossal, il n’en est pas de même de la santé. Le corps s’use sous les poids lourds, sous les tensions extrêmes. Le corps s’use sous la pression, il cède, il craque. L’athlète se blesse, et devient parfois invalide. Avec l’âge, les articulations, les tendons, ainsi que la colonne vertébrale, abîmés par l’entraînement intensif, condamnent la possibilité de réaliser des efforts suffisants pour maintenir la masse musculaire. La régression s’installe.
En musculation, la volonté de se vaincre soi-même ne mine pas seulement le corps, elle perturbe aussi l’esprit, qui ploie sous ses obsessions et ses échecs. Les désordres psychologiques s’installent.

Diminution de l’énergie nécessaire à notre rayonnement dans le monde : le no pain no gain est énergivore et chronophage. Non seulement l’application d’un stress régulier et important demande du temps et de l’énergie, mais la récupération des effets de ce stress demande aussi du temps et de l’énergie. Avoir mal, cela fatigue… Cela réduit d’autant plus le potentiel énergétique que l’on pourrait consacrer à d’autres activités. Notre rayon d’action s’en trouve diminué.
La musculation était censée procurer davantage de pouvoir sur soi et sur le monde, mais c’est le contraire qui se passe. Notre énergie vitale est aspirée vers la construction de force musculaire, qui peut devenir un but en soi. La musculation, qui se présentait à nous comme une solution, est devenue un problème, et cela qu’elle nous blesse un peu, beaucoup, temporairement ou à vie. Elle est devenue un handicap social car l’énergie utilisée pour pratiquer la musculation, et en gérer les conséquences, n’est pas utilisée ailleurs.

 

vincent01Ainsi, sauf à vouloir consciemment jouir d’une vie consacrée exclusivement à la construction de muscle sur un mode héroïque, l’entraînement selon le no pain no gain s’avère contre-productif. Le stress considérable qu’il ajoute aux pressions nées de la poursuite d’autres objectifs est inutile et nuisible. La volonté de « tout donner » en musculation, d’aller au bout de soi-même, s’oppose à l’idée d’une gestion raisonnée du stress, permettant de durer, de s’adapter plus aisément, de réussir.
Lorsque l’on veut se réaliser pleinement, et mettre pour cela toutes les chances de son côté, lorsque l’on veut devenir le héros de sa vie, il est préférable de ne pas chercher à être un héros en musculation.
Ceci est valable même pour le compétiteur sportif, qui a tout à gagner à pratiquer une musculation génératrice de performances, mais non aliénante.

La création d’un modèle autre, non-héroïque, qui évacue de l’entraînement le culte de la performance, s’avère incontournable. Inattendu, n’allant pas de soi, il se présentera nécessairement sous la forme d’un programme culturel alternatif, constitué d’idées neuves, de valeurs autres et de moyens d’exécution différents.

 

La culture, ce sont des programmes enregistrés et disponibles, mais aussi des solutions envisageables/alternatives:
« la culture peut être envisagée sous une double perspective :
– comme la totalité de toutes les applications de programmes réalisées à un moment bien déterminé et dont nous pouvons disposer comme connues (tradition);
– comme horizon ouvert de projets de programmes alternatifs et réalisables et d’applications de programmes (innovation). »

( Siegfried Schmidt)

Le rapport entre tradition et innovation détermine la dynamique culturelle. En musculation, cette dynamique culturelle s’est manifestée par des changements de forme, mais non de fond. La musculation avec haltères et machines a vu surgir à ses côtés des formes alternatives où l’utilisation du poids de son corps prime. Les sportifs sont sortis des salles, réhabilitant la gymnastique et l’effort rustique. Mais les valeurs qui sous-tendent la définition de l’objectif et l’investissement physique et psychologique n’ont guère été questionnées, ceci par manque de recul sur le conditionnement culturel de la pratique, qui conduit à toujours utiliser le même fond, quelle que soit la forme.

En psychologie constructiviste, on appelle cela un changement de niveau 1 : la modification s’opère au niveau des éléments du système (la culture du muscle forme un système). Des pratiques nouvelles apparaissent, mais les valeurs centrales restent identiques. Performance et apparence, pour être remarquables, demandent un engagement total de la part du pratiquant, qui aborde l’entraînement sur un mode héroïque.

vincent02Dans un changement de niveau 2, c’est le système lui-même qui se modifie ou qui est modifié.
En intégrant des informations sur la nature du système, sur son fonctionnement, nous modifions notre appréhension de la réalité, ce qui nous conduit à fabriquer de nouveaux outils pour intervenir avec succès dans cette réalité.
La Méthode Lafay est le fruit d’un changement de niveau 2, qui introduit une nouvelle forme de pratique de la musculation. Le no pain no gain est évacué. Il est possible d’atteindre des performances et une apparence remarquables, sans un engagement total dans l’entraînement, et en replaçant celui-ci dans un cadre plus vaste, qui améliore sa gestion et favorise un épanouissement global (maîtrise facilitée de la trajectoire de vie).

Chaque pratiquant a à sa disposition un cadre conceptuel et des programmes d’action qui permettent de substituer la coopération avec soi à la compétition avec soi. C’est un changement de paradigme radical, qui bouleverse la tradition culturelle du muscle. Les résultats de plus en plus nombreux d’athlètes, démontrent que la coopération avec soi donne de meilleurs résultats, à moindre coût énergétique et en évacuant le dopage. Il existe une alternative au no pain no gain, bien plus productive : l’efficience.

Deux autres parties vont suivre. Dans la partie II, la thématique de la coopération (avec soi) sera davantage creusée au travers d’une analyse des rapports entre adaptation et autorégulation. On y parlera d’homéostasie, d’autorégulation, de régulation, de perturbations, repli sur soi, combat, souffrance, médecine, etc. La partie III sera constituée par le texte de Denis (pratique concrète).

 

Références :
Alain Ehrenberg : Le culte de la performance, l’individu incertain, la fatigue d’être soi.
Jean-claude Kaufman : l’invention de soi.
Siegfried Schmidt : histoires et discours.
François Jullien : traité de l’efficacité.
Michael White : les moyens narratifs au service de la thérapie.
Alice Miller : c’est pour ton bien.
Hannah Arendt : la crise de la culture, jugement et responsabilité.
Edward Hall : au-delà de la culture.
Jean-Louis Le Moigne : la modélisation des systèmes complexes.
Paul Watzlawick : bibliographie complète.

Photos de Marcos0415 (vainqueur du Challenge TNT dips) suivies de celles de Vincent Sly (N°5 au Firefighter Combat challenge).-

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Petit avant-goût du prochain article (3)

“No pain, no gain (or “No gain without pain”) is an exercise motto that promises greater value rewards for the price of hard and even painful work. Under this conception competitive professionals such as athletes and artists are required to endure pain and pressure to achieve professional excellence.

It came into prominence after 1982 when actress Jane Fonda began to produce a series of aerobics workout videos. In these videos, Fonda would use “No pain, no gain” and “Feel the burn” as catchphrases for the concept of working out past the point of experiencing muscle aches.

It expresses the belief that solid large muscle is the result of training hard and suffering sore muscles repeatedly, implying that those who avoid pain will never reach a professional level as bodybuilders.”
(Wikipedia)

“Le no pain no gain est un symptôme, il n’est nul besoin de le connaître, ou de le revendiquer pour lui être soumis, puisque nous sommes malgré tout soumis, par défaut, aux valeurs qui le constituent.
La norme prégnante du surhomme, du héros, de celui qui doit inventer sa vie et repousser les limites, conduit tout naturellement les gens à aborder la musculation sous l’angle du no pain no gain. Ils pratiquent plus ou moins consciemment un culte de la performance et de l’héroïsme où l’on croit que la souffrance doit envahir l’action, en accompagnant, ou même en précédant, tout progrès.”

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Le Shiitaké

shiitak01Le shiitake est cultivé en Chine et au Japon depuis environ 2000 ans. Sa saveur délicate et originale en fait un aliment très apprécié, mais on l’utilise aussi pour ses propriétés médicinales. On l’a même appelé “champignon de longue vie”.
Il entre dans la composition d’une vingtaine de médicaments allopathiques en France (défenses immunitaires, anti-cholestérol, anti-tumoral…). Vous pouvez lire sa fiche descriptive complète en cliquant ici.

 

shiitak03

Les gourmets, comme les personnes soucieuses de leur santé, peuvent le trouver en France, où il est disponible toute l’année car il est cultivé dans des “caves en surface”, bien à l’abri, protégé des éventuelles nuisances atmosphériques. Frais, il se conserve trois semaines au frigidaire et finit par se dessécher sans pourrir. Il suffit alors de le réhydrater pour le consommer normalement. Il pousse sur des substrats de paille et de copeaux de chêne, en “hors-sol”. Il n’est donc pas nécessaire de le nettoyer ni de le peler.
C’est un champignon qui se mange aussi bien cru que cuit.

 

shiitak02Vous pouvez le trouver notamment chez Champisud, qui effectue les livraisons à domicile, sur toute la France. Le Shiitaké est disponible frais, sec, en poudre ou précuit en bocaux.
Le substrat (paille, copeaux de chêne et mycélium) sur lequel poussent ces champignons n’a pas le label bio, mais il est complètement naturel et aucun élément n’est rajouté du début de la culture jusqu’à la vente.

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Point de vue sur un conflit, par un adepte du dépassement de soi dans la douleur

 

stefsim

 

Certains vont malheureusement lire ce texte de travers et hurler en déclarant, beaucoup trop vite, que je fais la guerre aux “fonteux” ou autres billevesées du même acabit. Cette incessante victimisation est lassante, même si je comprends leurs motivations.
Prenez le temps de bien lire les propos de Stéphane Simon, et mes explications qui suivent. Il n’y a aucune offensive dans cette citation, aucune “attaque contre les fonteux”, mais un constat et une explication de “pourquoi un conflit fonte VS Lafay?”

Stéphane Simon soulève des haltères, ce n’est pas un “anti-fonte”. Et il déclare : “j’ai moi-même un rapport au sport légèrement masochiste.”
Il est donc plutôt du côté du no pain no gain, et il ASSUME, ce qui rend sa réflexion ci-dessous d’autant plus intéressante.

“[après lecture de l’article] Je comprends mieux la rivalité qui peut exister entre lafayens et traditionnels de la fonte : A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Le Lafayen prétend obtenir en moindres efforts ce que le traditionnel de la fonte gagnera au prix de souffrances, par là le Lafayen ôte toute “gloire” à sa pratique et transformation corporelle (mais ce n’est peut-être pas sa quête). Mais, obtenant ce résultat identique, la “gloire” du traditionnel de la fonte se transforme en simple vanité…”
(Stéphane Simon)

1 – l’objectif, pour la Méthode Lafay, est que les pratiquants obtiennent des résultats importants avec un investissement physique et psychique minimum.
La construction du corps est subordonnée à la construction de soi : la musculation est dépassionnée. Elle est considérée comme une activité périphérique (et non centrale). Elle doit devenir une hygiène de vie, qui fait du bien à la santé, aux performances et aussi au reflet dans le miroir. Je donne des outils pour que la musculation soit la moins énergivore, la moins chronophage et la moins contraignante possible, en réduisant au minimum les effets secondaires négatifs.

2 – pour des résultats identiques, les adeptes de la musculation traditionnelle vont s’imposer la traversée de multiples épreuves, avec des prises de risques très régulières. Le gain musculaire est le fruit d’une quête héroïque, où l’investissement physique et psychologique est massif, soumis en cela aux valeurs dominantes de la société. Cette quête héroïque sert la valorisation de soi : on est important car on a osé prendre la seule voie qui mène à un physique hors-normes, celle qui est pavée de risques et de souffrance. Ce n’est donc pas donné à tout le monde. D’où le sentiment de faire partie d’une élite.

3 – S’il est possible de faire autrement, le “héros” peut devenir un simple masochiste aux yeux des autres et à ses propres yeux. S’il n’assume pas son adhésion au no pain no gain, à cette quête héroïque, peut-être un peu vaine, mais source de satisfactions, ce héros auto-proclamé va ressentir sa pratique comme étant dévalorisée par la réussite facile des lafayens. Par extension, c’est donc sa personne qui est dévalorisée.

4 – Ceux pour qui la musculation est une “bouée de sauvetage”, une opportunité d’être “grand”, dans un monde vécu comme chaotique, où il existe peu de possibilités de devenir un héros, entrent alors en guerre.
Ceci explique à mon sens la guerre qui m’est menée depuis 8 ans, avec tant d’insultes, de manipulations, de dénigrement organisé. Régulièrement, on vient m’interdire de parler sur mes propres pages facebook ou sur ce blog. Je dois me taire…
Ma simple existence, quelque part sur le web est vécue comme une provocation.
Et c’est cet acharnement que beaucoup de gens extérieurs au milieu de la musculation traditionnelle et des ses valeurs ont du mal à comprendre.
Cette citation de Stéphane Simon devrait les éclairer.

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Kinésithérapeute, bientôt ostéopathe, et pratiquant comblé de la Méthode Lafay

Témoignage de Jean-philippe L.

 

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Bonjour à tous et toutes, je m’appelle Jean-Philippe et j’ai 25 ans.
J’exerce le métier de kinésithérapeute. De nature sportive, j’ai pratiqué judo, football et natation durant ma jeunesse. J’ai dû limiter le sport suite aux temps que prenaient mes études, puis mon métier par la suite.
Cependant, j’ai toujours gardé en moi un certain goût pour la pratique sportive. Mais, malgré un passé sportif, j ai toujours eu un corps maigre et non développé (à ma grande déception) qui me valut des surnoms type creuvétor ou cotton tige.
J’ai toujours été fan des gens musclés, de ce qu’ils dégageaient dans leur déplacement. Je voulais que mes amis, les filles, la société en général me voit d’un oeil musclé!! (ne me demandez pas pourquoi ^^). Bien décidé à changer mon apparence corporelle, je me suis tourné vers la fonte. Les résultats furent maigres mais je ne savais vraiment pas comment m’y prendre aussi!!!
Alors j’ai entendu parler de la Méthode Lafay, j’ai vu deux trois résultats sur le net et j’ai craché dessus comme bon nombre l’ont fait.

 

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Mais le 25 décembre 2009, ma vie bascula car sous le sapin se trouva un livre vert!!! Ma mère m’avait, en effet acheté pour noël “un livre de sport”.
J’ai commencé à le feuilleter et j’ai trouvé la lecture vraiment sympa. Je me suis pris au jeu, j’ai commencé les tests où j’étais incapable de faire un dip pleine amplitude. La honte…
Je me suis alors dit bon ben au moins même si je gonfle pas, j’améliorerai au moins mes performances!! Et puis au fur et à mesure du temps, j’ai vu une réelle transformation, notamment dans le regard des autres, qui pour moi a été le moteur tant je me trouvais mal dans mon ancien corps!
Je pense que c’est ça plus les endorphines en fin de chaque séance qui m’ont rendu “accroc”.
J’ai alors suivi le livre. J’ai beaucoup travaillé avec les niveau 2, 3, 4, et 5, en réalisant des boucles. Les modes augmentèrent tout comme le volume. Et c’est ainsi qu’en deux ans et 9 mois, j ‘ai pris 18 kilos de muscles sec. Mes bras sont passés de 29 à 40 cm. Je suis donc passé du statut de creuvétor a mr. muscle, avec “bizarrement” un intérêt de filles envers moi; et ça, ça fait plaizzz 🙂

 

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Après, je veux faire un aparté en tant que kinésithérapeute : la méthode est excellente, car nous sommes vraiment dans une optique de “sport santé”!!! De plus la sédentarité est un vrai fléau pour la santé. Le sport est un facteur protecteur contre des maladie : cancer, diabète, etc… La sédentarité est aussi responsable de nombreux maux (lombalgie etc…).
Après pour être sincère, et en avoir discuté avec des médecins, des ostéos et collègues, je ne suis pas convaincu que de prendre plus de 1.5g de protéines par kilo de masse corporelle et d’ingérer 4000-5000 kcal ne soit pas nocif pour le système digestif. Mais ça reste que mon avis…
Sinon un très grand merci à Olivier pour tout ce qu’il fait.

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Petit avant-goût du prochain article (2)

Nota : ce texte n’est qu’un fragment d’un texte plus long à paraître bientôt sur le blog. Ces fragments que je donne régulièrement ici ne suivent pas nécessairement l’ordre du texte originel. Ils sont destinés à vous donner un “petit avant-goût” des thèmes abordés dans l’article complet, et à poser la réflexion à venir, en autorisant déjà discussions et débats.

 

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Lorsqu’il s’agit de théoriser l’acceptation de la souffrance, nous le faisons tout naturellement, en nous appuyant sur le stock culturel à notre disposition. Nous nous racontons une histoire, faite de l’association de divers éléments culturels, puisés dans notre univers privé ou lors de rencontres (école, tv, sport, cinéma, politique, arts, romans de SF ou de fantasy, essais, littérature).

L’histoire dominante de notre société, celle que la plupart des gens se racontent, ressemble à peu près à cela :
L’accès à l’information, pour tous, a rendu le monde petit, transparent, et a mis en relief son absurdité. Si autrefois, l’individu devait traverser une « vallée de larmes » (psaume 84) avant de pouvoir entrer dans la maison de Dieu, il n’est plus certain que cette traversée mène à la vie éternelle. Désemparé face à la mort de Dieu (Nietzsche), l’individu se révolte contre sa mortelle condition (Camus), et décide de lutter, en repoussant toujours les limites, en s’inventant un sens, au travers du dépassement constant de soi, pour accéder au surhomme. Il imite le christ, se sacrifiant pour accéder à un au-delà de lui-même. En s’imposant la douleur, en s’imposant de multiples épreuves desquelles il espère au final triompher (épopée), il échappe ainsi à l’ordre naturel de la soumission au monde, et récolte comme prix suprême le sentiment de maîtriser sa vie. C’est lui qui décide…
Mais les impondérables, le chaos qui règne sous les formes stables, l’affaiblissement programmé et visible de toute forme de vie, lui font conjointement ressentir qu’il est le jouet de forces qui le dépassent (tragédie). La fin de l’aspirant surhomme sera tragique, lorsque ce héros auto-désigné perdra la vie dans un dernier combat inégal, n’ayant pu repousser assez loin les limites, transmettant alors le flambeau aux suivants, la tâche de poursuivre la mission de l’homme révolté.

Les croyants sont épargnés par une partie des angoisses de l’homme occidental contemporain, mais ils n’en sont pas moins, pour la plupart, soumis à cette nécessité d’adaptation permanente et en recherche d’une réalisation héroïque de soi.

C’est dans cette histoire, plus ou moins bien affinée, référencée et racontée selon les personnes, que s’enracine une théorisation de l’acceptation sous forme de devise : no pain no gain. Cette formule, couramment usitée en musculation, synthétise en quelques mots deux conceptions de notre rapport à la souffrance. Dans la première conception, la souffrance accompagne inévitablement le progrès (GAIN with PAIN). Dans la seconde, la douleur précède le progrès (PAIN puis GAIN).

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Petit avant-goût du prochain article (1)

En préambule au prochain article publié sur le blog.

L’obligation d’adaptation permanente, si elle est émancipatrice, est également source d’un grand stress. C’est une tension énergivore, qui paraît irréductible, où l’esprit n’est jamais complètement en repos, et qui cause donc une grande souffrance intérieure. Sauf à abandonner volontairement le terrain de la confrontation à soi et aux autres, l’incapacité à se dépasser soi-même est vécue comme un échec personnel, auquel s’ajoute un jugement social négatif. L’inadapté est rejeté.

La solution, lorsque l’on ne peut ni éradiquer, ni fuir ce stress, est de le revendiquer. On va donc théoriser l’acceptation de la souffrance, afin de se montrer, à soi-même et aux autres, comme étant le maître de sa vie. On cherche un compromis qui permet d’être officiellement l’associé de sa souffrance, plutôt que de donner l’impression d’en être la victime, ce qui est socialement inadmissible. C’est donc une double et formidable pression qui s’exerce sur l’individu contemporain : il est contraint de lutter pour être… et de (se) dire qu’il aime ça.”

Ainsi,

“le No Pain No Gain révèle chez celui qui le revendique une variante du Syndrome de Stockholm : on s’éprend de ce qui nous a pris en otage.”

Je vous laisse méditer là-dessus.

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