Le chemin se construit en marchant

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Le dos de Romain

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J’ai d√©cid√© de publier ici un √©change mail r√©cent afin de permettre √† mes lecteurs, ainsi qu’aux non-lecteurs, de disposer d’un nouveau point d’appui (cr√©atif pour les lecteurs) utile √† la compr√©hension du fonctionnement de la m√©thode.
 
 
Question

Bonjour Mr Lafay,
Je vous √©cris car j’ai une question par rapport √† votre m√©thode au niveau de l’entrainement.
Je l’ai commenc√©e il y a moins d’un mois, je suis au niveau II. Ce qui m’interpelle est que dans ce niveau il n’est pas propos√© de travailler les dorsaux pour la largeur du dos. √Čtant ancien fonteux, je la travaillais r√©guli√®rement et surtout par des tractions prise pronation large. Cela dit les exercices de type I interviennent dans des niveaux plus √©lev√©s mais bien s√Ľr je ne changerai de niveau seulement si je stagne et j’esp√®re que se sera dans longtemps (en tout cas je ferai tout pour retarder).

Ma question est donc ( par peur de r√©gresser par la suite en force et physiquement): Puis-je int√©grer un exo de type i juste avant B1 pour ne pas r√©gresser sur cette partie que j’ai d√©velopp√©e anciennement ? Quitte √† descendre en mode √† B1 et pr√©-fatiguer les biceps l√©g√®rement.¬†
 
 
Ma réponse

Bonjour,
J’ai d√©j√† vu ton excellent physique et je ne peux que te remercier pour ta confiance qui te fait te tourner, au moins provisoirement, vers mon travail.
Si tu appliques la m√™me d√©termination avec la m√©thode que tu l’as fait avec les halt√®res, tu vas encore beaucoup progresser.

Je comprends tes inqui√©tudes, qui reviennent r√©guli√®rement chez des “fonteux” qui passent √† la m√©thode.

Je vais te r√©pondre ce que je r√©ponds √† chaque fois : ce serait une erreur de modifier un quelconque niveau (pour l’instant). Il faut d’abord chercher √† v√©rifier ce que la m√©thode “brute” peut te donner, ce qui te fera ensuite progresser dans la mani√®re de stimuler ton corps pour qu’il √©volue. En effet, tu vas apprendre des choses sur les r√©actions de tes muscles en suivant la m√©thode et tu pourrais √™tre… surpris.
Laisse-toi surprendre (ou d√©cevoir) par la m√©thode au niveau le plus basic. C’est un pr√©liminaire indispensable. Les d√©ceptions (s’il y en a) seront vite d√©pass√©es, compens√©es et oubli√©es; les surprises heureuses seront autant d’√©l√©ments de motivation suppl√©mentaires.

Il faut voir la méthode comme une structure de base infiniment évolutive. Pour la faire évoluer de la manière la plus productive qui soit, il faut intégrer son fonctionnement étape par étape.
C’est de ton suivi strict de la base que vont d√©pendre tes bons choix √† l’avenir.

La m√©thode propose des carrefours (possibilit√©s diff√©rentes d’√©volution) tr√®s r√©guli√®rement. Plus tu progresseras dans le suivi de la m√©thode, plus ces carrefours seront nombreux. Si tu veux t’assurer de prendre le bon chemin √† chaque intersection, il te faut avoir int√©gr√© les √©tapes pr√©c√©dentes, dans l’ordre…
Au d√©but,¬†le chemin est tout trac√©, il te procure une exp√©rience millim√©tr√©e de la m√©thode. Tu engranges en toi-m√™me des points de rep√®re, qui seront autant de points d’appui pour ton √©volution √† venir.
Par la suite,¬†le chemin se trace en marchant¬†(rien n’est plus trac√© d’avance car les possibilit√©s d’adaptation sont de plus en plus nombreuses). Mais ce que tu as fait au d√©but te permettra de r√©duire le nombre de choix possibles et d’envisager rapidement les meilleures options √† chaque intersection.

Boucle ou pas boucle, techniques anti-stagnation (laquelle et quand?), modifications de niveau (ajout et/ou suppression d’exercices, modification des temps de repos, modification des techniques d’ex√©cution, modification de l’ordre du niveau) : ces possibilit√©s infinies qui font de la m√©thode un outil extr√™mement souple, constructiviste, se voient, de par le cheminement du pratiquant, r√©duites √† un ensemble fini lors de chaque d√©cision importante. On sait tr√®s vite ce que l’on doit faire.

A d√©but, le cheminement est programm√©.¬†On suit beaucoup et on s’√©coute peu¬†(on est en phase d’apprentissage de l’√©coute de soi et de ses r√©actions √† des stimulations). Par la suite, peu √† peu,¬†on suit de moins en moins et on s’√©coute beaucoup (mieux), de mani√®re inconsciente la plupart du temps. Au fur et √† mesure du tracement de notre cheminement personnel, on en vient √† savoir s√©lectionner les options qui nous sont √† chaque fois les plus ad√©quates (en fonction de notre projet) et √† op√©rer un second tri s√©lectif afin de retenir la plus convenable.

Si l’on peut qualifier d’algorithmique la tendance de la structure de base de la m√©thode, celle-ci devient assez rapidement heuristique *.

La d√©marche consiste √† r√©inventer la (notre) m√©thode au fur et √† mesure que nous avan√ßons dans la probl√©matique fix√©e au d√©part (et constamment reformul√©e), aussi souvent que n√©cessaire. L’esprit est form√© par le parcours d√©j√† effectu√© mais il doit rester ouvert pour distinguer les diff√©rents itin√©raires potentiels qui conduisent √† la r√©alisation de notre projet. La m√©thode proc√®de √† la fois √† un formatage et √† un assouplissement de ce formatage chez le pratiquant. Plus le temps passe, plus le formatage se dissout.

Plus le temps passe, plus tu gagnes en libert√© et efficacit√© personnelle¬†(chaque choix sera le plus adapt√© √† tes besoins au moment o√Ļ tu les auras formalis√©s).

Si tu ajoutes des tractions larges en début de séance, alors que tu débutes la méthode, tu vas altérer le fonctionnement de la triade, qui sera peut-être bien moins productive. Ce qui est déjà un premier point important.
D’autre part, il faut pouvoir disposer de points d’observation tr√®s pr√©cis √† chaque instant de pratique de la m√©thode.
Pour obtenir ces nécessaires outils de recul (et donc de créativité), il faut commencer par la version la plus simple et pure de la méthode (quel que soit son niveau de départ).
C’est un des “secrets” de la r√©ussite de la m√©thode : la cr√©ation d’une prise de recul majoritairement inconsciente, de par des agencements tr√®s pr√©cis et “parfaitement” coordonn√©es de niveau en niveau.
Si tu modifies le niveau 2, c’est non seulement le niveau 2 qui en souffre, mais c’est l’ensemble du syst√®me qui perd sa logique p√©dagogique (pour un d√©butant de la m√©thode).

Les dorsaux sont extrêmement stimulés par la triade + les tractions de type C.
Il se peut que tu perdes (au d√©but) un peu de force et de masse tout en haut du dos (ce qui n’est pas certain du tout), mais tu vas obtenir des gains importants sur la partie moyenne et basse, que ce soit en largeur ou en √©paisseur.
Au niveau 6, tu feras de nouveaux progrès en largeur.

Quand tu vois le dos de Charles, immensément large après avoir majoritairement bouclé du niveau 2 au niveau 4 pendant plusieurs années, tu peux comprendre que la logique ne doit pas être altérée.
Son dos √©tait d√©j√† tr√®s large bien avant qu’il ne d√©cide de monter dans les niveaux…

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Charles, capable de 2 tractions d’un bras, montre un dos construit sans halt√®res, machines ou autres poids lourds
 
 
* Heuristique : Technique empirique de r√©solution de probl√®mes qui tient compte √† chaque √©tape des r√©sultats pr√©c√©dents et en d√©duit la strat√©gie √† adopter par la suite. Contrairement aux m√©thodes algorithmiques, les m√©thodes heuristiques n’assurent pas que l’on arrivera √† un r√©sultat en un nombre fini d’√©tapes. Les heuristiques sont fr√©quemment utilis√©es en intelligence artificielle, √† l’int√©rieur de ce que l’on appelle des univers incertains. Ainsi, les jeux d’√©checs sur ordinateur ont recours aux heuristiques.
 
Source :
http://www.journaldunet.com/encyclopedie/definition/596/34/20/heuristique.shtml
 
 
Nota¬†: Les moins instruits et perspicaces de mes contradicteurs (ou “d√©tracteurs”) acharn√©s per√ßoivent mon travail comme s’il √©tait algorithmique et, vu sous cet angle, ils auraient raison de dire que la m√©thode ne peut √™tre b√©n√©fique que pour quelques pratiquants seulement. Car dans un univers aussi complexe que celui de la transformation physique, l’algorithme ne peut satisfaire tous ses utilisateurs. Ce qui explique les √©checs de nombreuses “m√©thodes de planification”.
Toute la difficult√© consiste donc en l’aide √† l’√©laboration d’une heuristique personnelle (pour chaque utilisateur) sur la base d’une structure commune. Ce qu’est la m√©thode.
Une forme qui informe (l’esprit et le corps du pratiquant), puis qui se d√©forme, toujours en informant, puis se reforme, pour √™tre √† chaque reconstruction toujours un peu plus proche de la singularit√© du pratiquant.

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