Pourquoi se dope-t-on?

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On se dope pour vaincre les autres et soi-même.
On se dope pour parvenir √† contr√īler son d√©veloppement musculaire (volume et/ou performance). On se dope pour atteindre un niveau de performance permettant de conjurer nos angoisses existentielles.
On se dope par peur de ne pas être.
Par peur d’√™tre encore vaincu, humili√©, exclu; par peur de compter pour rien dans le grand jeu des dominances qu’on nous impose socialement.
 
On se dope pour atteindre un état satisfaisant, un état gratifiant nous permettant JUSTEMENT de ne pas avoir à nous confronter à nos angoisses les plus profondes. On se dope pour se fuir. Pour ne pas avoir à contempler nos blessures, et à ressentir les émotions refoulées qui y sont liées.
On se dope pour exister, avec moins de craintes. Pour ne pas avoir √† se poser de questions existentielles, pour ne pas avoir √† se demander si ce qu’on nous demande d’accomplir est judicieux, moral, v√©ritablement √©panouissant.
On se dope parce qu’on ne sait pas quels sont nos v√©ritables besoins, parce qu’on pr√©f√®re les ignorer. On se dope par ignorance et parce qu’on d√©sire rester ignorant.
On se dope par facilit√© : parce que le dopage existe et que la “course en avant”, aussi mortif√®re soit-elle, est pr√©f√©rable, pour un mouton, au questionnement intellectuel, spirituel, m√©taphysique.
On se dope parce qu’on pr√©f√®re les r√©ponses (toute faites) aux questions.
On se dope parce qu’on a peur des questions…
 
On se dope parce que l’on sent bien, confus√©ment, que nos besoins les plus profonds, ceux dont il faudrait tenir compte, entrent en conflit avec les besoins que la soci√©t√© nous ordonne de satisfaire.
 
On se dope parce que les dominants authentiques, ceux qui dirigent v√©ritablement ce monde, l’ont parsem√© de petits podiums, nous ordonnant de nous battre entre nous pour esp√©rer y grimper. Pour esp√©rer une “m√©daille”…
 
On se dope parce qu’on veut un peu de cette dominance qu’ils nous laissent; parce qu’on pense qu’en se disputant ces miettes, on va enfin pouvoir jouir.
 
On se dope parce qu’on nous a mis dans la t√™te que la souffrance et l’auto-destruction sont le seul moyen de r√©ussir.. de r√©ussir sa vie et d’√©chapper √† l’angoisse.
Parce que notre √©ducation f√Ľt violente, et qu’on ne nous a pas appris √† nous en d√©faire, √† vivre nos √©motions douloureuses pour passer √† autre chose de plus √©panouissant.
 
On se dope pour fuir, en espérant se construire.
 
On se dope parce qu’on ne voit pas d’autres solutions, et qu’on a fini par √™tre programm√© pour ob√©ir √† nos conditionnements.

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Le petit texte ci-dessous a √©t√© inspir√© par Muriel Salmona, sp√©cialiste de l’enfance. On y retrouve aussi Jo√ęl Monz√©e, Catherine Gueguen, Alice Miller, Brigitte Oriol, Isabelle Filliozat (sp√©cialistes de l’enfance et des effets des violences √©ducatives). Ainsi que Norbert Wiener, Edgar Morin, Gregory Bateson, Hannah Arendt, Heinz Von Foerster, Henri Laborit, Henri Atlan…
Tous références de la Méthode Lafay.

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Quand un enfant est soumis √† des violences (coups, humiliations, peurs) , et qu’il ne peut g√©rer cela, qu’il ne peut pas “comprendre” ce qui lui arrive, il arrive un moment o√Ļ la production d’hormones de stress (cortisol, toussa) est telle qu’il risque la mort.
Alors, vient la sid√©ration/ d√©connexion : il se d√©connecte de lui-m√™me pour ne plus “ressentir” et une (tr√®s grosse) production de substances calmantes (endorphines notamment) survient.
Il entre dans un √©tat euphorique o√Ļ il est d√©connect√© de lui-m√™me… comme un drogu√©.
 
Plus tard, en grandissant, l’enfant sera confront√© r√©guli√®rement √† la “reconnexion” avec lui-m√™me. Car le besoin d’√©vacuer revient par vagues plus ou moins fortes, et c’est en lien avec nos relations √† l’environnement, aux autres. De nombreux √©v√®nements “appuient sur le bouton relan√ßant les anciennes angoisses, peurs, souffrances, douleurs, humiliations”…
Alors, il adoptera des conduites √† risque, des attitudes violentes envers lui-m√™me ou envers d’autres.
La violence exerc√©e sur un autre permet (aussi) de revivre d’une certaine fa√ßon la violence qu’on a subie, jusqu’√† la d√©connexion.
Bref, il s’agit d’une mise en sc√®ne pour parvenir √† la production de substances calmantes en √©vitant l’explosion (le retour en conscience) √©motionnelle qui ferait suite √† la reconnexion avec soi, son pass√© de souffrance.
 
Ceux qui aiment humilier, faire souffrir, d√©truire, salir, et se faire mal √† soi-m√™me, ne savent souvent m√™me pas √† quel point cela est “dirig√©” par leurs douleurs pass√©es. Ils ignorent tout de leurs peurs, qui les conduisent √† occuper leur vie avec la violence faite aux autres et/ou √† soi-m√™me.
Ils ignorent car c’est profond√©ment refoul√©, et que la reconnexion avec ses √©motions est per√ßue comme un danger terrible, un danger d’une intensit√© inou√Įe.
 
Les tortures (√† tous niveaux, physiques ou psychologiques) inflig√©es sadiquement √† des enfants ou adultes, les violences faites √† soi, l’humiliation qu’on fait subir √† des gens (ou √† nos propres enfants) sont en fait une op√©ration de r√©gulation interne permettant (entre autres) de continuer √† s’√©viter soi-m√™me.
On se d√©brouille pour s√©cr√©ter notre dose de calmants…
 
Vous ferez ais√©ment le lien avec la musculation No Pain No Gain et le dopage. Et avec l’√©ducation que vous avez re√ßue…

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En fait, nous sommes des machines biologiques, des syst√®mes biologiques, des “√™tres machiniques” pour reprendre l’expression d’Edgar Morin.
Nous sommes des machines vivantes cherchant en permanence à se réguler pour survivre.
Ne pas le savoir, ne pas le comprendre, ne pas s’y frotter intimement, c’est se condamner √† √™tre men√©s par le bout du nez, par nos conditionnements, par nos besoins, par de faux besoins, qui √©touffent les vrais.
 
Celui qui ignore tout de cela peut se pr√©tendre “libre”. C’est justement parce qu’il est ignorant qu’il peut se dire libre…
En fait il est condamn√© √† se faire du mal, il est condamn√© √† la souffrance, et il la revendiquera fi√®rement (et connement) car il est tellement peu libre qu’il ne peut en fait voir les choses autrement.

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Olivier Lafay

2 r√©flexions au sujet de « Pourquoi se dope-t-on? »

  1. Superbe. Bien amené.
    Paulo Toug

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