Le grand gaspillage permanent : réflexion sur la nécessité d’une musculation efficiente

Si l’Efficience est un concept dont le sens, le fonctionnement et les implications ont été compris par bon nombre de mes lecteurs, il est encore dénigré, caricaturé régulièrement par des sportifs, des concurrents, qui semblent ne voir en cette notion qu’un outil philosophico-marketing.

Ayant été, comme nous tous, formatés par les valeurs du No Pain No Gain, étant toujours animés par ces mêmes valeurs, ils ne disposent pas d’assez de recul pour examiner ce slogan, en faire le tour et comprendre en quoi l’Efficience, telle que je l’ai conceptualisée, est une alternative crédible à leur manière de penser et pratiquer la musculation. Et même de penser le monde.

Deux préalables sont en effet nécessaires avant de vouloir débattre ou même seulement émettre une opinion : comprendre ce qu’est le No Pain No Gain et comprendre ce qu’est l’Efficience.

C’est pourquoi j’ai défini à plusieurs reprises ces deux notions, sur mon site ainsi que d’autres espaces internet, dont facebook. Les textes de bases sont sur mon site (olivier-Lafay.com) et ont été élaborés à l’aide de travaux de nombreux auteurs, certains ayant déjà été cités, alors que d’autres seront mis en valeur dans les mois et années qui viennent.

C’est cette synthèse de travaux provenant d’horizons très divers (philosophes, sociologues, anthropologues, biologistes, psychologues, ingénieurs, physiciens), mais éclairés par des conceptions communes, qui m’a amené à cheminer différemment en musculation, et à proposer ce cheminement à d’autres, à mes lecteurs.

Soucieux d’affiner toujours davantage la compréhension de mon travail, gage d’une progression aisée pour chaque pratiquant, j’ai élaboré d’autres textes en proposant des citations, réflexions et références. Ces textes sont publiés régulièrement sur le site et aussi sur facebook.

Dans mon article « Malentendu n°1 » (https://olivier-lafay.com/2012/04/04/malentendu-n1/), j’ai exposé la logique du gaspillage provoquée par une pratique de la musculation envisagée classiquement, c’est-à-dire sous l’angle majoritaire du No Pain No Gain.

L’Efficience se veut être un remède à ce gaspillage.

1601096_10152186274616064_1664507965_nLa vie est en soi suffisamment difficile, parfois même très dure, pour que l’on réfléchisse à cette idée de gaspillage généralisé.

Perdre du temps, de l’énergie, l’être aimé, des amis… pour finalement perdre sa vie… cela semble être dans l’ordre des choses, la grande loi s’imposant inéluctablement à l’humanité.

Et nombreux sont ceux qui se voient comme des nageurs permanents sur un fleuve impétueux, manquant à chaque instant de se noyer, et comprenant seulement à la fin de leur (si) courte vie qu’il aurait été possible de faire autrement, avec moins d’efforts, de déceptions, de frustrations, d’échecs définitivement indigestes.

Bien que l’évolution humaine ait produit, au cours de son histoire, des créations permettant de se libérer de nombreux aléas et contraintes, l’idée que chacun puisse les mettre en oeuvre avant tout, afin de disposer d’une « vie bonne » et non une vie de combattant constamment malmené, frappé, épuisé, reste encore secondaire.

Notre société, visant bien davantage l’efficacité que l’efficience, génère un gaspillage énorme, un désordre considérable pour maintenir son ordre, pour maintenir en place ses organisations.

Gaspillage d’actions, d’énergie, de ressources, de talents, de vies humaines (broyées par le diktat essentiel de la réussite à tout prix, aux dépens de l’équilibre de la personne).

Il semble nécessaire, voir urgent, de se poser la question de savoir si l’adhésion aux modèles que l’on nous propose nous procurera à coup sûr une « vie bonne ». C’est certainement une urgence vitale.

Doit-on foncer tête baissée et contribuer au désordre, autour de soi et en soi, ou prendre un peu de recul et réfléchir au degré de désordre que l’on est prêt à accepter durant notre vie?

Doit-on accepter que notre vie, risquant en permanence d’être gâchée par l’imprévu, soit également gâchée par le prévu?

Avancer sur ces questions suppose bien sûr que l’on s’instruise en matière d’ordre et de désordre, de ce qui peut les causer, les réduire ou les empêcher. Et c’est là que la coopération devient une valeur évidente : l’autre est susceptible de m’apporter des connaissances brutes ou des synthèses, ainsi que des pistes, des explications. L’écoute, le don et la mise en commun font gagner du temps à tous; ce qui est primordial quand on pense à la durée infime de nos vies.

C’est avec Edgar Morin (le père de la Pensée Complexe) que je vais vous laisser réfléchir à cette idée de grand gaspillage permanent. Vous pourrez ensuite tenter de répondre à quelques questions essentielles : peut-on en rester à ce constat, accepter une telle dispersion, s’il existe des moyens d’optimiser nos actions? La pratique de la musculation doit-elle contribuer à ce grand gaspillage (qui est aussi celui de nos vies)? Ou peut-elle être conçue comme un outil censé produire davantage d’ordre que de désordre?

« […] il y a une hémorragie, un gaspillage, un gâchis, dont il faut prendre conscience. Les rencontres produisent plus de destructions et dispersions que d’organisation. Il faut, pour constituer une organisation, pour édifier un ordre, pour maintenir une vie en vie, tant et tant d’agitations « inutiles », tant et tant de dépenses « vaines », tant et tant d’énergies dilapidées, tant et tant d’hémorragies dispersives ! Il faut tant et tant de milliards d’agitations pour que se forme un seul noyau de carbone. Il faut la déperdition de tant et tant de milliards de spermatozoïdes (180 millions à chaque éjaculation chez Homo Sapiens) pour que naisse un seul être mortel. Il faut tant et tant d’efforts sisyphéens pour ne pas se laisser détruire ! De quelles pertes, de quels gaspillages, de quel gâchis de quel prix exorbitant ne faut-il pas payer un atome, un astre, une vie, la moindre once d’existence, un baiser? »

C’est par la coopération que l’humain est parvenu à créer et développer toujours davantage un ordre censé le servir, censé faciliter sa vie en ce monde. L’histoire de l’humanité relate une évidente tendance à la complexification, basée sur le relâchement des contraintes, l’augmentation des échanges, des contacts et des assistances; et donc la diminution de la compétition au profit de la coopération. Cette histoire n’est pas censée s’être terminée au 20° siècle, elle peut se poursuivre et il semble bien que la plupart d’entre nous désire fortement qu’elle se poursuivre.

Le développement de la coopération autorise la création d’un ordre plus souple, et donc plus profitable à chacun.

Coopérer avec les autres, au lieu de vouloir les dominer, les asservir, les exploiter ou seulement les ignorer. Coopérer avec soi-même, au lieu de chercher à se dominer, s’asservir, s’exploiter ou même s’ignorer.

La musculation efficiente vise cette création d’ordre supplémentaire (et donc moins de gaspillage), fondée sur davantage de coopération en soi-même et hors de soi.

 

D’autres articles à lire absolument :

De l’efficacité à l’efficience, la nouvelle voie du muscle;

No Pain No Gain, une phrase remarquée;

Malentendu N°1 (sur la gestion de l’effort dans la Méthode Lafay);

La construction d’un modèle alternatif (auto-régulation, boucle, efficience).

 

Une réflexion sur “Le grand gaspillage permanent : réflexion sur la nécessité d’une musculation efficiente

  1. Bon article !! Je me demande quelque chose cependant.
    Comment appliquer le principe de l’efficience dans d’autres domaines de la vie ? Je pense par exemple aux études supérieures, où l’on est souvent surchargé, où l’on doit fournir beaucoup de travail, où il y a beaucoup d’examens (partiels, révisions de dernière minute)… Tout cela induit souvent un grand gaspillage dans le sens où on gaspille beaucoup d’énergie pour des résultats parfois faibles. Certains diront « il faut savoir s’organiser ». Certes, mais plus précisément… ?
    Avec la méthode Lafay, l’application concrète de l’efficience est la boucle, mini-boucle, l’ascension… Comment cela se transposerait-il dans les études ou dans le monde du travail ? Ce sont des domaines où on ne peut pas tout quantifier comme une simple série de dips ^^.
    Merci de m’éclairer 😉

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