De l’efficacité à l’efficience : la nouvelle voie du muscle

Article illustré par des photos de Lake Methode Lafay, jeune pratiquant âgé de 19 ans.

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Introduction: la publication d’articles sur ce blog suit une logique pédagogique, où les idées sont annoncées et agencées comme les marches d’un escalier. Chaque article constitue un point d’appui pour la pensée, lui permettant de s’élever « step by step »

 Il vous faut imaginer un emboîtement où l’article du jour est justifié par les articles précédents. Vous pouvez tout à fait prendre un article pour lui-même, mais il s’agit de comprendre que sa force sera démultipliée si vous le rattachez au contexte de sa publication. Ce contexte est fait des articles le précédant et l’annonçant.

Constatant que certaines idées étaient difficiles d’accès, notamment dans «Conquêtes et projets » et « Discours sur les méthodes », j’ai donc interrompu momentanément leur publication pour ouvrir des parenthèses. Leur rôle est de multiplier les angles d’approche, de permettre un approfondissement de notions clefs.

 L’article qui va suivre reprend et développe les notions abordées lors de l’analyse des gimmicks culturistes bien connus que sont « No pain no gain » et « Only the strong survives ». La lecture de mes propos sur la différence entre devise et constat (dernier commentaire de l’article) permettra également d’affiner votre réflexion.
Nous allons nous appuyer sur ces développements pour faire progresser notre pensée.

Comme je l’ai donc déjà expliqué, il faut comprendre que chaque devise est une boussole, c’est-à-dire un outil verbal, un outil de la pensée qui permet de s’orienter lorsque l’on a une réflexion à mener, un problème à résoudre, une action à réaliser.

En examinant les devises de la musculation classique et en les posant à côté de celles de la Méthode, on comprendra mieux le clivage existant entre ces deux conceptions. La Méthode reprend la conception classique pour en détourner certains aspects, en minorer d’autres, tout en évacuant les éléments les plus nocifs.

Logique du contournement VS logique de l’affrontement.

Logique de la coopération VS logique de la compétition

 

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1 / musculation classique et efficacité.

En musculation classique, les devises brandies régulièrement sont associées au culte de l’efficacité, c’est-à-dire d’un affrontement direct avec les choses (le monde, les autres et aussi soi-même). Le type d’entraînement, l’approche scientifique, sont consubstantiels à ces devises, qui s’appuient elles-mêmes sur une tradition philosophique poussée jusqu’à la caricature.

Je reprends ici deux devises connues que j’ai déjà traitées.

« No pain no gain »

« Only the strong survives (ceci se voulant une devise mais n’en étant pas une, comme nous l’avons déjà démontré) »

Ces phrases sont revendiquées comme des boussoles, consciemment ou non, et renvoient à une logique de l’affrontement.
Un affrontement avec le monde, avec les autres, avec soi-même.
On est face à soi-même et on se bat contre soi.
En musculation, cette logique mène inévitablement à l’auto-destruction : on doit se vaincre soi-même, on est en guerre avec soi. Il faut un vainqueur et un vaincu.
Le corps qui accepte de se transformer est vu comme le vaincu : il s’est plié à notre volonté.

Mais, en en privilégiant l’Avoir (avoir un corps) au détriment de l’Etre (être un corps), on s’élimine soi-même, on néglige la part la plus essentielle de ce qui nous compose : nous ne sommes objectivement pas compartimentés.
En cherchant à être un vainqueur, nous créons aussi un vaincu. Mais le vaincu, c’est toujours soi. Cela ne peut être sans conséquences… Tactiques et stratégies guerrières soumettent et détruisent le soi vaincu pour satisfaire l’ego du soi vainqueur.

Le bodybuilding, vécu à travers les devises citées plus haut, pousse jusqu’à la caricature une vision héroïque du monde, toute occidentale. Il fait revivre l’archétype, au sens jungien, du héros affrontant seul le monde, et finissant tragiquement. L’affrontement est la seule possibilité, il se fait dans la souffrance et… cela finit mal.

En adoptant unilatéralement ces devises, on se met en condition pour adopter un mode de vie tragique, où la recherche de la douleur et des exploits , au détriment de toute vie intérieure et de la paix avec soi-même, mène inévitablement à l’auto-destruction (du corps et de l’âme).

 

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2 / musculation constructiviste et efficience

Je mettrai en évidence trois devises majeures, trois poupées russes, permettant de bien situer l’évolution de la pensée.

« Mens sana in corpore sano »

C’est l’objectif : avoir un esprit sain dans un corps sain. L’objectif est l’équilibre global de la personne, le bien-être. Pour être en mesure d’atteindre cet objectif, il faut comprendre la devise suivante.

« La construction du corps doit être subordonnée à la construction de soi »

Il s’agit d’intégrer la construction du corps dans un ensemble plus vaste qui est la construction de la personne. Toute focalisation exclusive sur le corps provoque un déséquilibre. Nous sommes plus qu’un corps, et bien plus qu’un corps à seulement muscler.

La nécessité première est de se considérer comme un tout. Le corps n’est pas un objet que l’on doit et peut façonner à loisir : c’est un être entier qui est à façonner, c’est soi-même qui doit être façonné.

« Peu d’efforts, beaucoup d’effets »

Se construire soi-même, parvenir au Gouvernement de soi, demande beaucoup d’énergie. Il faut être compétent en de nombreux domaines. L’épanouissement personnel exige, au préalable, d’avoir compris qu’il était indispensable de savoir réserver son énergie, l’économiser et bien l’orienter. On utilise alors la boussole de l’efficience : peu d’efforts pour beaucoup d’effets.

Il ne s’agit plus de s’absorber totalement dans la logique monomaniaque et auto-destructrice de l’affrontement systématique avec soi (efficacité visible, affrontement direct avec le monde), mais bien, au contraire, d’agir avec raison et souplesse afin de repérer les leviers permettant d’obtenir l’efficience (peu d’affrontement, peu d’héroïsme).
Au lieu d’affronter directement le monde (c’est-à-dire soi) tel un guerrier, il va s’agir pour nous d’opérer en amont (et non pas frontalement), c’est-à-dire de conditionner des situations afin qu’elles nous servent à terme, sans débauche d’énergie.

Dans la logique de la construction de soi, il faut bien entendu ne pas mettre toutes ses forces dans une bataille (ici, il s’agit de la bataille de « la construction musculaire avant tout »). L’épuisement à l’entraînement n’est plus recherché, au contraire. Il ne s’agit pas de se forcer, régulièrement, inlassablement, jusqu’à en vomir, il faut « se réserver »… pour soi.

La musculation constructiviste nous apprend à ne plus être dans une logique d’affrontement, de guerre, de compétition, mais… dans une logique de coopération (avec le monde, avec les autres, avec soi)

Ainsi là où le bodybuilding mettra l’accent sur les « techniques d’intensification », pour forcer le corps à réagir (dans la douleur), nous mettrons l’accent sur les Boucles et Mini boucles.
Nous contournons le problème, nous dansons avec lui, en souplesse, au lieu de cogner du front contre le mur en désirant ardemment qu’il se brise.

Là où le « héros bodybuilder » mettra les poids les plus lourds possibles, comme s’il voulait soulever le monde, nous utiliserons des charges légères, obtenant les mêmes effets, mais avec bien moins de risques, bien moins d’usure.

 

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Résumons

Nous voulons obtenir un effet (transformation corporelle). On observe qu’il existe deux conceptions de l’effet, qui peuvent se compléter et s’opposer : l’effet lié à l’efficacité et l’effet lié à l’efficience.

L’efficacité est de l’ordre du visible; elle procède d’une logique d’affrontement direct (héroïque) avec le monde. L’efficacité est friction avec le réel. L’efficacité se voit :pour que quelque chose soit dit « efficace », il faut que ce quelque chose se voie.

L’efficience est de l’ordre de l’invisible ou du presque invisible. L’efficience cause un minimum de friction avec le réel. Elle procède d’une logique de coopération et fonctionne suite à une douce et habile mise en condition (de légères actions) en amont. L’efficience ne rejette ni ne nie l’efficacité, elle l’intègre, mais en minorant sa place. Elle a pour but (pour essence?) de réduire les périodes d’affrontement direct. Elle est volonté de transformation silencieuse.

Il n’y a rien d’héroïque à contourner la stagnation, à opérer en douceur, mais les bénéfices de cette attitude sont évidents.

Agir en amont, c’est savoir analyser une situation, en déterminer son potentiel, et savoir s’orienter de manière à obtenir le résultat désiré, à terme, avec un minimum d’efforts.

Les outils que je donne sur le blog sont utiles pour comprendre et savoir analyser un contexte, une situation; comprendre et savoir déterminer le potentiel de la situation analysée; et comprendre et savoir conditionner une situation pour parvenir à l’efficience.
Ces outils sont conceptuels (savoir intellectuels) et pratiques (prescriptions liées directement à la pratique efficiente de la musculation).

Pour parvenir au Gouvernement de soi, il faut les deux, il faut des outils qui permettent de bien agir, donc des outils pratiques, mais aussi des outils de réflexion permettant de savoir conditionner de manière optimale une situation et donc de savoir au préalable l’analyser.

Sachez cultiver l’efficience en vous cultivant.

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