Discours sur les méthodes – Part III-A

Du fait de sa longueur, le chapitre 3 a été divisé en deux sections nommées 3-A (généralités sur la communication) et 3-B (le langage de la construction de soi).

Le chapitre 3 est illustré par des photos de Baptiste, pratiquant de la méthode, bien entendu, colosse de 86 kgs, sec, pour 1m78 et de près de 43 cm de tour de bras. Fort, endurant, résistant, massif.

 

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Les 8 chapitres du Discours sur les méthodes s’enchaînant de manière logique, il est conseillé de lire ou relire les chapitres précédents afin de percevoir la progression du raisonnement.

 

Chapitre I – Les 5 phases du deuil

Chapitre II – Que faut-il copier ?

Chapitre III – les mots sont importants

 
 

Introduction

Le chapitre 1 traitait de l’apparition d’une nouvelle convention, en musculation, de son plébiscite social et économique, et des réactions qu’il a engendrées au sein du monde du muscle : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. De cet état des lieux, du positionnement de chacun face à cette nouvelle convention, peut s’initier un cheminement vers la compréhension de la différence qu’est la méthode, la compréhension de son fonctionnement.

Le chapitre 2 traitait de l’accès à la nature de cette nouvelle convention, qui se réalise par l’intermédiaire d’une déconstruction, d’une relativisation raisonnée de nos propres conventions. Il s’agit, par la médiation constructiviste, d’accéder au fond conceptuel qui supporte les différentes formes connues de la méthode : enseignement et discours valorisant cet enseignement. L’erreur étant de singer la forme en méconnaissant le fond, puisque l’efficacité pédagogique, validée par les pratiquants, en dépend.

Le chapitre 3 traite des moyens par lesquels s’opère la transmission de la nouvelle convention. Tel un projecteur que l’on braque, valorisant un élément situé habituellement au second plan de notre vision, ou un microscope révélant l’invisible, il met en évidence les liens sociaux de la transmission. Et ce qu’ils disent de nos valeurs et croyances. Nous parlerons donc de communication et de langage. D’information et de désinformation. De concurrence et de collaboration. Ceci dans l’optique de la construction du corps que nous subordonnons à la construction de soi.

Une autre musculation suppose une autre approche du langage et de la communication. Les mots sont importants.

 

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L’introduction pourrait être présentée également ainsi :

La Méthode Lafay est une convention, un agencement de croyances et savoirs se proposant de répondre aux enjeux actuels de la transformation corporelle. Sa reconnaissance publique témoigne de la valeur de cette réponse, dont les effets visibles et mesurables ont su convaincre un large éventail de la population concernée par la musculation, qui a vu ses besoins et objectifs évoluer.
Cette convention s’appuie sur un langage issu directement d’un fond conceptuel, qui structure et détermine la forme (enseignement et discours de valorisation publique de cet enseignement).
Ce langage s’appuie sur des mots.

A travers un cheminement qui part de généralités sur le langage, nous allons nous rapprocher, peu à peu, des éléments qui conditionnent sa pertinence et son efficacité: les mots. Nous allons traiter de leur importance, en tant qu’ils structurent notre vision du monde, et facilitent ou non la construction de soi.
On peut considérer qu’il s’agit d’un approfondissement des rapports fond/forme abordés au chapitre 2.

Nous continuons donc notre exploration : comment, sur quoi, pour quoi, contre quoi, se construit la méthode, cette nouvelle convention ?

 

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Première section du chapitre III (3-A) : généralités sur la communication

Tout être humain, volontairement ou non, est émetteur et récepteur d’informations au sein de son environnement. On ne peut pas… ne pas communiquer.

« Le comportement n’a pas de contraire. Autrement dit, il n’y a pas de « non-comportement », pour dire les choses encore plus simplement : on ne peut pas ne pas avoir de comportement. Or, si l’on admet que, dans une interaction, tout comportement a la valeur d’un message, c’est-à-dire qu’il est une communication, il suit qu’on ne peut pas ne pas communiquer, qu’on le veuille ou non. Activité ou inactivité, parole ou silence, tout a valeur de message. De tels comportements influencent les autres, et les autres, en retour, ne peuvent pas ne pas réagir à ces communications, et de ce fait eux-mêmes communiquer. »  Paul Watzlawick

Lorsque l’on examine les différentes strates comportementales qui composent la communication humaine, on distingue deux langages aux fonctionnements différents : le langage analogique et le langage digital. Le premier comprend les mouvements, les gestuelles, les mimiques et les intonations verbales. Le second consiste en une construction arbitraire, un code, une convention propre à une culture, c’est le langage écrit ou parlé.

Le langage digital permet de transmettre des informations plus nombreuses, plus vite, de les nuancer, de les archiver. Il rend possible l’accumulation du savoir, sa transmission différée. Plus le langage est complexe, plus l’on peut transmettre, et recevoir, des informations complexes, c’est-à-dire des informations complètes, nombreuses, et nuancées.

La condition pour savoir décrypter et utiliser au mieux des informations complexes est de soi-même posséder un langage complexe. C’est l’outil indispensable sans lequel la compréhension, le tri, l’organisation et la hiérarchisation des informations reçues ne pourront être effectués.

Et l’action efficace de l’individu, dans le monde, dépend de ce travail d’élaboration subjective. Elle dépend de la réception et du traitement d’informations nombreuses dont la qualité doit être éprouvée, afin d’être utilisées dans l’immédiat, ou ultérieurement, avec succès. Plus ce travail d’intégration de données est possible et avancé, plus notre stock de réponses disponibles face à diverses sollicitations, internes ou externes, augmente. Ce qui signifie que nous sommes plus aptes à y apporter des réponses adaptées, voire parfaitement ajustées. Nous aurons alors plus de chances de réussir, de mener à bien une tâche, d’atteindre un objectif.
Un langage complexe est donc un préalable à l’autonomisation de l’individu, à sa libération.

 

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L’organisation subjective et réfléchie d’informations complexes, lorsqu’elle englobe de nombreux domaines de connaissance, est libératrice en tant qu’elle est recul, réflexion sur la culture, cet ensemble de conventions dont nous sommes construits. La juxtaposition, l’association, de savoirs multiples génèrent des mises en perspective, un recul critique, favorisant ainsi la déconstruction des conventions habituelles et la production de nouvelles conventions, plus adaptées à la satisfaction de nos besoins et désirs. Déconstruire, c’est comprendre, et mieux comprendre, nous-mêmes, le monde et les autres.

Dire que la recherche et la structuration d’informations conditionnent notre efficacité dans le monde, c’est souligner l’importance qu’il faut accorder à la communication, qu’elle soit analogique ou digitale. Etre attentif à l’autre, c’est se mettre en disposition de recueillir des informations de toutes natures, complémentaires, contradictoires. Cela permet aussi de construire le langage complexe dont nous avons besoin pour décrypter et organiser ces informations. Il est donc important de beaucoup communiquer, et de bien communiquer.

Dans cette optique, le soin apporté à la compréhension et au choix des mots est très important, pour au moins deux raisons essentielles. La communication et le décryptage des informations sera plus aisé et plus complet d’une part avec un langage digital plutôt qu’un langage analogique. D’autre part, le langage digital permet bien plus aisément de parler de la relation, et pas seulement de transmettre des savoirs et connaissances. On appelle métacommunication l’aspect de l’échange portant sur la relation elle-même, où il s’agit de dissiper des malentendus, d’exposer nos sentiments sur la relation, de mieux comprendre les attentes et pensées de l’autre.

Car ce n’est pas seulement la transmission/ingestion d’informations en tant que contenus qui est en jeu dans la communication, c’est aussi notre identité.

Les autres peuvent confirmer ou rejeter la définition que nous avons de nous-mêmes et d’eux-mêmes. Il faut donc pouvoir (et savoir) en discuter afin de prendre du recul sur les besoins et possibilités des uns et des autres, dans la relation, afin de générer une identité qui nous satisfasse et qui soit acceptée par les autres (au moins par un groupe), afin de se sentir exister.

 

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Se développer, c’est à la fois se libérer (culture) et être socialement accepté, dans une pleine conscience des limites et possibilités de soi et des autres, dans une pleine conscience des conséquences des paroles et des actes de soi et des autres. C’est s’accomplir dans un double mouvement d’affirmation (de soi) et d’acceptation ( de soi par les autres et aussi DES autres par soi).

Puisque le langage permet d’informer l’autre (savoirs et connaissances) et de l’informer sur la conception que nous avons de son existence et de la nôtre, il faut donc des mots pour apprendre, des mots pour se comprendre, des mots pour parler des mots qui font la relation. Les mots sont importants.

L’efficacité sociale étant dépendante d’actions favorisant la compréhension et réduisant la confusion, dans lesquelles sont comprises les interactions réussies, on peut en conclure légitimement que la possession d’un langage complexe favorise l’efficacité sociale, et qu’un langage pauvre met l’individu en situation de faiblesse, le rendant partiellement ou complètement inefficace (d’un point de vue économique, familial, personnel).

Un langage complexe nous rend moins susceptibles de devenir victimes des problèmes de communication que sont la confusion, l’incompréhension et la désinformation. Un langage pauvre nous permet difficilement d’échapper à la définition que les autres font de nous-mêmes (à la place que les autres nous attribuent, consciemment ou non). Il va être plus difficile de se libérer (se développer/évoluer) et donc d’homogénéiser son efficacité (économique, familiale, personnelle). Le langage pauvre met l’individu à la merci de celui qui dispose de la maîtrise du langage, qui peut l’influencer en profitant du manque de compréhension, de la confusion, pour désinformer. Celui qui n’est pas en mesure de faire le tri dans la communication est fragile.

 

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On peut désinformer de trois manières :
– soit en transmettant de fausses informations;
– Soit en ne transmettant pas du tout une information utile ;
– soit en réduisant le vocabulaire (quantité et qualité) de telle manière que l’information ne peut plus passer.

C’est dans 1984, le roman de Georges Orwell que l’on rencontre l’exemple le plus célèbre de désinformation par appauvrissement du langage : le Novlangue. A l’opposé d’un langage complexe, riche, nuancé, nous avons là un langage réduit, qui empêche une élaboration satisfaisante des idées et informations, avant même leur circulation par la communication. Un problème mal posé (qu’il soit affectif, social, scientifique) trouvera difficilement une solution satisfaisante. Un problème difficile à communiquer ou incommunicable, n’existe pas…

Si le langage ne permet plus de communiquer, ou même penser, l’étendue des différences fondamentales, c’est la norme établie par le pouvoir qui prévaut et seule peut être communiquée et intégrée. L’idéologie en place (le fond) va déterminer les possibilités et limites de la communication (la forme). Une idéologie fermée, exclusive, va appauvrir le langage et la pensée.

« Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. »  (1984, de Georges Orwell)

Ce Novlangue peut s’imposer de deux façons : soit d’une façon arbitraire, c’est-à-dire que ce sont les pouvoirs qui décident délibérément d’imposer au peuple l’appauvrissement du langage. Soit elle se met en place suite à la victoire d’une idéologie représentée au plus haut niveau du pouvoir. La logique de cette idéologie, préalablement validée par une fraction importante de la population, imprégnera progressivement, et sans trop de résistance, l’ensemble de la société. Le langage en sera affecté. L’étendue des significations possibles d’un mot se réduira à celles confortant les valeurs de l’idéologie en place, perpétuant ainsi son maintien au pouvoir.

Ainsi, dans notre société ultra-libérale, le mot communication signifie principalement « vendre ou se vendre » et le terme échange est réduit à l’idée d’échanges commerciaux.

FIN de la première section.

 

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Nous venons de voir, dans cette section 3-A, qu’une communication importante et diversifiée rend possible la construction d’un langage complexe, qui rend possible une communication de qualité, condition de notre efficacité globale.

Dans la section 3-B, seconde partie du chapitre en cours, nous continuerons cette analyse en la mettant en lien avec la construction du corps. Une communication de qualité conditionne la construction de soi, qu’il faut envisager globalement en y intégrant la construction du corps. Celle-ci n’est en fait qu’un des aspects de la construction de soi et doit donc lui être subordonnée.

Nous traiterons du paradoxe du système ultra-libéral, qui exige simultanément réalisation de soi et soumission à une seule « vérité ». Nous comprendrons pourquoi l’élaboration de la méthode est intimement liée à une conception libérale. Car le langage de la construction de soi est libéral et non ultra-libéral, ouvert et non exclusif, laïque et non dogmatique.

Nous saisirons mieux l’importance du langage qui a construit la méthode et qui est aussi celui qui l’exprime. Nous saisirons mieux les rapports entre mots et méthode. La forme de l’enseignement repose sur des mots, ceux-ci reposant dans un langage, lui-même issu d’un fond conceptuel.

5 réflexions sur “Discours sur les méthodes – Part III-A

  1. Un petit ajout sur la façon de mieux communiquer, par Olivier LAFAY :

    « … Comment mieux communiquer? Une partie de la réponse est déjà donnée dans cette section 3-A. En clair, ou en filigrane, on sait ce qu’il ne faut pas faire… et donc ce qu’il faut faire, par déduction. Réduire la confusion et favoriser la compréhension.
    Le reste sera donné dans la section 3-B, et aussi dans les chapitres qui vont suivre. Car il s’agit bien pour moi de parler de communication, à divers niveaux.
    Pour mieux communiquer, il faut déplacer le centre de gravité de la relation, de soi vers un entre-deux, au milieu de l’espace situé entre soi et l’autre. Entre soi et les autres…
    Si chaque interlocuteur ne voit que soi, ne voit que son intérêt, la relation se réduira à un combat pour conserver le centre (d’attraction, de décision, d’importance) en soi, vers soi. Tenir compte des autres est le premier point. Car chacun veut être considéré dans la relation.

    Il faut donc tenir compte davantage des récepteurs que de soi : pour qui je parle? A qui je parle? Qui peuvent-ils être? Qu’attendent-ils en tant que groupe qui me regarde? Qu’attend chacun de moi? Quel langage est le plus susceptible de les atteindre sans provoquer de dégâts impossible à réparer?

    Le langage complexe est celui qui « relie ». »

  2. Article très intéressant qui pousse à la réflexion, tellement d’ailleurs que j’aimerais pouvoir lire la suite qui reste introuvable.
    Est-elle sortie ou est-ce en cours de préparation ?

    Merci !

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