LA MORALE DU TROUPEAU

(l’assourdissant bêlement des troupeaux d’Alphas)

Le besoin d’appartenance à un groupe de connards est normal. Mais je supplie tous les dieux pour que beaucoup évoluent en restant le plus souvent seuls. Loin de ces groupes.
Ou parviennent à se regrouper selon des valeurs aristocratiques d’élévation de soi morales, spirituelles, intellectuelles, culturelles…
Je prie les dieux pour un véritable miracle, en réalité, une perturbation puissante et inattendue du cours de l’Histoire.

Il est si difficile de trouver des amis avec qui avoir une relation durable et saine, car personne n’a été formé pour cela. Personne n’a appris le recul, la pensée, la connaissance de soi et de l’autre, l’acceptation, le rire profond et libérateur, l’auto-dérision subtile (qui n’est pas auto-humiliation), l’adhésion pleine et entière à la vie. Tout ce qui fait qu’on peut pleinement accueillir l’autre et être pleinement accueilli par lui.
Alors, désespérés, affamés de contacts et d’acceptation, pour être sûr de ne pas être seuls, on choisit des groupes où la connerie est valorisée, afin de faire taire toute différence. On choisit des groupes où la connerie devient une valeur, et où elle est même vue comme intelligence.
Dans le brouhaha de la violence et de la connerie, chacun admet alors son « prochain ». Chacun caresse et se sent caressé.

Revenir à ce qu’il y a de moins individuel afin de se sentir mouton réchauffé par des moutons. C’est ce qu’il y a de plus facile et de plus courant.
Mais chacun le fait en se déclarant LION, sans avoir de compte à rendre à personne pour ces palmes impensées de vainqueur auto-attribuées, sans recul.
Dans un groupe de connards (pléonasme?), notre vie, notre petitesse, nos « avis », deviennent légitimes.

Finalement, Nietzsche avait raison sur tellement de points.

La morale du troupeau, c’est celle qui fait taire toute différence toute élévation, et qui se rue en groupe pour étouffer la (toute petite) différence adverse.
Oui, il s’agit d’adhérer à la double facilité de se noyer dans le groupe et de se désigner un ennemi, choisi selon des différences très superficielles, me direz-vous.
Et la société est construite de manière à ce que les groupes « adverses » soient bien identifiés, sans avoir à réfléchir, à penser pourquoi on agresse l’autre camp.

Cela va un tantinet plus loin… Il s’agit d »avoir comme ennemi commun, avec nos propres ennemis, un ennemi d’un ordre bien supérieur : la pensée.

Certains vont même jusqu’à se nommer alphas dans des groupes d’alphas 
Et cette transparence idéologique signe la composition de tout groupe dans les normes : les gens se regroupent pour se sentir Alphas (dominants). Et ils veulent tous, paradoxalement, être Alphas… Ce qui signifie que personne n’est Alpha dans un groupe d’Alphas; ce qui dénature totalement le concept… Et que donc l’idéologie qui les anime, qui les lie, est absurde.
Ils se pensent loups, mais ce sont juste des moutons qui hurlent avec les moutons…
Et qui acceptent paradoxalement encore, et bien souvent, un leader (l’Alpha des Alphas).
Tant que ce leader est comme eux, tout comme eux, le moins différent possible. Le plus « normal » possible… Le plus médiocre possible.
Ils acceptent comme leader une personne animée d’une forte volonté de dominance, mais qui leur est un soupçon inférieure d’un point de vue moral et intellectuel.
Afin de ne jamais se sentir remis en question. Afin de pouvoir enfin SUIVRE, tout en se pensant Alpha, et n’avoir jamais à se heurter à soi-même et à sa vraie et profonde solitude.
Regardez donc le cirque des youtubers… et de ceux qui les suivent et les nourrissent.

« Tout ce qui est profond aime à se masquer ; les choses les plus profondes ont même la haine de l’image et du symbole »
(Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal)

Observez donc le culte de l’image perpétré tel un crime intellectuel, moral et spirituel sur le net. Et jugez donc de la profondeur de ceux qui en sont les élites et ceux qui en sont les suiveurs.
Pour paraphraser Nietzsche : les choses les plus superficielles adorent l’image et le symbole.

Toute élévation d’âme, d’esprit, est strictement interdite.
On fait la chasse à la différence, à la profondeur, à l’intelligence, à l’honnêteté, à la rigueur, à l’honneur, à la dignité.

Reste le vide et l’orgueil.

° Le vide, car moins on est rempli, moins on a de chemin à faire pour retrouver la douce chaleur moite du troupeau, qui réconforte, et permet d’accepter sa vie de merde. Ne pas penser – stop – ne pas penser – stop – surtout ne pas penser.
Le chemin qui va vers soi, vers la création d’un aristocrate de la vie, avec des valeurs hautes, est beaucoup plus long, ardu et est de plus interdit par les commandements sociaux et familiaux, intériorisés depuis toujours.
«Je ne savais pas combien mon âme était vide, avant qu’elle soit remplie.»
(John Boorman, Excalibur)

° L’orgueil, car il ne faut pas, en bon Alpha, céder devant quiconque, sauf ce qui nous ressemble trait pour trait, apprendre de quiconque, sauf de ce qui nous ressemble. Il est donc strictement interdit de se sentir vaincu par ce qui semble plus élevé.
Puisqu’il faut vaincre absolument, alors l’honneur est un poids embarrassant, dont on se débarrasse en secouant sa tignasse de mouton, afin de pouvoir agresser, mentir, harceler, médire, nuire, détruire, et se présenter comme « Celui qui sait tout sans avoir jamais rien appris, mais naturellement supérieur, élite choisie par Dieu pour s’affirmer partout sur tous les sujets, au nom de la liberté d’expression et de son statut imaginaire d’Alpha. »

« Finalement, il en sera comme il en a toujours été. Les grandes choses sont pour les grands esprits, les abîmes pour les esprits profonds, les délicatesses et les frissons pour les délicats ; et pour faire bref, la rareté est pour les rares. »
(Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal)

Pour le reste, au-delà (et en-deçà) de l’élévation de l’âme, des consciences, par le travail de Gnothi seauton, il n’y a que petitesse, médiocrité, vide, et lourde souffrance transformée en haine de la véritable grandeur.
Il n’y a qu’une volonté de puissance qui déteste la vie. Il n’y a que la morale des pseudo-Alphas regroupés en troupeau. La petite secte du quotidien, où s’affaire la majorité d’entre nous, qui ne sait se penser au-dessus d’elle-même.

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La morale du troupeau est une expression de Friedrich Nietzsche, qui aurait aujourd’hui, s’il revenait, un profond amour pour les valeurs actuelles, youtube et facebook, n’en doutons pas .

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Une réflexion sur “LA MORALE DU TROUPEAU

  1. Le tigre n’a pas besoin de crier sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore.

    Je crois que c’est un proverbe … A moins que ce ne soit une citation d’un auteur d’Afrique de l’Ouest. Je ne sais plus trop.

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