Paléo nutrition : une illusion

Un fantasme de retour au jardin d’Eden sur la base de l’ignorance de l’histoire et des mécanismes de l’évolution?

Je me suis régulièrement heurté à des fanatiques des diététiques « magiques », des diététiques où le mythe d’un âge d’or, d’une harmonie totale avec la nature, sont des fondements quasi-religieux, appuyées par des études scientifiques habilement triées. Des études « scienti-fric »…

Car, derrière, un gros business se met en place.

Dès qu’on pense constructiviste, on a bien souvent raison face aux fanatiques de tous poils, aux grands naïfs qui se font avoir par des manipulateurs avides d’argent facile (qu’ils défendent pourtant bec et ongles).

Il y a tant d’écervelés ou de grands naïfs remplis d’espoir en une transcendance obtenue par observation de rituels « magiques »; il y a tant de ces personnes qui pensent trouver Dieu dans la dernière élucubration à la mode, du moment qu’il y quelque argumentation alimentant le rêve et quelques études « scienti-fric » qui achèvent d’hypnotiser.

Le sens de la nuance, et le recul critique, c’est ce qu’il faut acquérir absolument si l’on veut ne pas se faire avoir toute sa vie.

Idéaliser le passé, fuir notre époque car elle nous fait souffrir et désirer se réfugier au jardin d’Eden, c’est tout à fait compréhensible, mais on ne doit pas oublier que cela fait enfler le magot de commerçants sans scrupules qui visent non pas notre bonheur spirituel mais notre compte en banque… Notre esprit est enfermé dans une vision du jardin d’Eden, et notre corps continue à arpenter les jungles modernes de béton.

Il est bon de savoir se libérer du fantasme devenu piège.

C’est comme la diabolisation du lait ou la mode de l’entraînement pdc

Le lait, on peut en prendre un peu, sauf si on est intolérant, et il ne faut pas bannir les « méchants produits laitiers ».

Le pdc n’est pas magique, c’est ce qu’on en fait qui compte.

Je vous invite à regarder la vidéo ci-jointe (une interview d’une biologiste spécialisée dans l’évolution).

http://youtu.be/nkQhSMnRwpI

 

Ci-dessous, la traduction de cette interview.

Le fait est, les organismes ne sont jamais totalement adaptés à leur environnement. La façon dont l’évolution fonctionne est à travers un ensemble de compromis et de « jury-rigged solutions » (à traduire par « improvisation/solution de fortune ») reposant sur ce qui était là avant.

T: – Salut, je suis Tracy Hoppenheimer pour Reason.TV. Aujourd’hui, nous discutons avec Marlene Zuk. Elle est biologiste spécialisée dans l’évolution à l’Université du Minnesota, et auteur du nouveau livre Paleofantasy. Marlene, merci pour cette interview.

M: – Merci pour l’invitation.

T: – L’idée de la Paleo-diète et d’imiter le style de vie des hommes des cavernes a beaucoup de succès ces derniers temps, et vous dîtes que la base de ces idées est erronée. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet, et sur les exemples d’évolution qui soutiennent cela ?

M: – Je me suis vraiment intéressée ces dernières années au sujet de l’importance actuelle de notre compréhension du rythme de l’évolution. Et il apparaît que nous comprenons maintenant que l’évolution peut être rapide dans certaines conditions, et lentes dans d’autres. Et cela m’a fait m’intéresser à cette toute nouvelle idée que les humains ne s’accordent pas à leur environnement parce que l’on a évolué dans un certain ensemble de circonstances desquelles on a dévié depuis, et que l’on est donc maintenant en mauvaise santé parce que l’on ne mange pas de la façon dont les humains mangeaient 100.000 ans plus tôt ; nous n’intéragissons pas ensemble de la même façon qu’il y a 100.000 ans ; nous ne nous exerçons pas de la même façon qu’il y a 100.000 ans, etc… Et je pense que cette idée néglige juste de nombreuses idées cool qui sont arrivées dans notre évolution.

T: – Un de vos points est le fait que les hommes des cavernes avaient beaucoup plus de temps pour « daft » (NTD: faire des choses stupides, proposition : s’emmerder) dans leur environnement proche que l’on a dans notre vie moderne, avec les villes et notre environnement. Comment cela joue un rôle ?

M: – C’est tout à fait vrai, nos corps n’ont pas évolué dans certaines circonstances où nous avions la télévision et beaucoup de nourriture riche en calories mais pauvres en nutriments. Mais en même temps, parler de la vie il y a 100.000 ans comme si cela était complètement statique, ou comme si cela était partout pareil dans le monde, ne reflète pas la réalité non plus, parce que les choses changeaient aussi à cette époque. Je pense que nous avons tendance à la nostalgie a propos de plein de choses, que ce soit notre enfance, la vie dans les années 1950s, ou peut-être la vie à l’âge de pierre, mais le fait est que les organismes ne sont jamais parfaitement adaptés à leur environnement. La façon dont l’évolution fonctionne est à travers un ensemble de compromis et de solutions de fortune reposant sur ce qui était là avant. Et ce n’est pas comme si les organismes évoluaient, évoluaient, évoluaient, jusqu’à atteindre un point où ils se disent : « ho, phew, on l’a fait, on est parfait maintenant, tout est exactement en accord avec l’environnement, on peut maintenant s’arrêter, et tout ce qui se passe qui nous pousse de ce pic va être à notre détriment ». Ce n’était pas vrai il y a 100.000 ans, et ce n’est pas plus vrai maintenant !

T: – Donc vous ne diriez pas que la technologie nous a dépassés, en terme d’évolution biologique.

M: – La question du degré à partir duquel vous pouvez séparer notre biologie de notre culture est quelque chose dont les anthropologistes et les biologistes discutent depuis longtemps, et je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question facile. Je ne pense pas que vous pouvez les séparés dans des boites séparées. On peut démontrer que les gênes qui permettent de digérer les produits laitiers ont changé extrêmement récemment, au cours des derniers 5 à 7000 ans. Donc quand les gens commencent à élever des bétail, il leur était possible d’utiliser le lait comme une source à la fois de nutriments et aussi potentiellement d’eau. C’est ce que certaines personnes ont suggéré, que la sélection n’était pas juste d’utiliser les nutriments du lait, mais aussi parce que c’est une source non-contaminée de fluides, qui peut être en faible réserve en fonction de votre environnement (NDT: genre cas de sècheresse). Les gens qui se trouvaient avoir la variante génétique qui leur permettait de digérer le lait après le sevrage ont survécu et ont laissé plus de copies de leurs gênes. Elever du bétail est une partie de notre culture, de notre comportement. Donc, est-ce que la technologie a dépassé/surpassé ce que les gens étaient capables de manger ? Et bien, pas vraiment. Elle a évolué simultanément avec cela. Vous pourriez argumenter que l’Ipad est, dans cette idée, peut-être un peu plus rapide que l’élevage de bétail, mais… c’est une question de degré plutôt que de type, et donc je pense que vous devriez être prudente à l’idée de séparer ces points (NDT: culture et nature) en disant : « ouais, nous avons en quelque sorte cet humain primordial, qui pourrait exister indépendamment de la technologie, de la culture, ou quoi que vous vouliez l’appeler », parce que … les humains ne fonctionnent pas ainsi. Nous sommes entrelacés avec notre culture, et elle fait partie de nous.

T: – Vivons-nous toujours dans une société basée sur la survie du plus adapté, et si vous aviez à supposer, quelle serait la prochaine étape pour nous ?

M: – Je pense que la question de la prochaine étape est une question qui suppose quelque chose sur l’évolution qui n’est pas vraiment la réalité, dans l’idée que nous allons quelque part. Et donc, une des choses avec lesquelles j’ai du mal à faire passer est que … l’évolution procède en saccades, et cela va dépendre de l’environnement dans lequel nous sommes. Donc prédire cela… c’est comme prédire vers où nous allons ensuite, suggérant étape 1 suivie d’étape 2 suivie d’étape 3 et ainsi de suite jusqu’à finir comme des cerveaux géants dans des bocaux, ou quoi que ce soit que propose la science-fiction. Il n’y a aucune raison de penser que c’est ce qui va arriver. Je vois toujours ces dessins animés montrant le poisson se transformant en amphibien qui ensuite rampe jusqu’à la terre, et ensuite le reptile se tenant à 4 pattes, et ensuite vous avez généralement le singe et ensuite l’homme. C’est une telle fausse représentation de la façon dont l’évolution fonctionne réellement, qui n’est pas une progression vers quelque chose. Les amphibiens n’essayaient pas de devenir des hommes. Et nous n’essayons pas de devenir des cerveaux dans des bocaux

T: – Marlene, merci beaucoup pour cette interview.

M: – De rien, c’était amusant !

T: – Reason.TV, je suis Tracy Hoppenheimer.

 

(merci à Pascal Benattar pour la traduction)

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