LES RÊVES DU PEUPLE ET SA DOUCE RÉBELLION PONCTUELLE

Les dominés veulent la même vie que les dominants.
Ils veulent vivre la vie que les dominants leur disent être la belle vie.
Depuis l’école, au travail, dans la pub, dans les médias.

Tant que les dominés peuvent s’en rapprocher un peu dans le réel et compenser tout ce qui manque par l’imaginaire, ça va.

Mais quand la réalité s’éloigne trop du fantasme, alors les gens sont fâchés.

Ils veulent vivre une vie de soumis, mais jusqu’à un certain point.

Le problème est qu’ils ne veulent ni ne peuvent, car ils ont été éduqués pour cela, vivre une vie libre, vraiment épanouissante.

Toute pression de la part des dominants devraient amener des hommes libres à être créatifs pour changer la pression en un outil pour être plus libre encore.
Mais ce n’est pas ce qui se passe : quand la pression devient excessive, les gens demandent juste à ce que tout continue comme avant, quand la pression, déjà énorme, était encore supportable.

Quand le coup s’abat en direction du visage, quand les coups te font plier les genoux, tu devrais avoir anticipé afin de ne plus être sur la trajectoire des coups, et avoir pensé comment les coups peuvent eux-mêmes déstabiliser l’assaillant.
C’est pas le cas pour le peuple. Il ne bouge pas et trépigne juste quand les coups sont trop forts, mais veut bien prendre encore des coups s’il peut rester à la même place, celle qu’on lui a dépeint depuis son enfance comme étant la bonne place.

Tant que les gens ne feront pas un pas de côté, rien ne changera.
Tant qu’ils ne seront pas capables de se dire qu’ils peuvent se construire une autre vie que celle qu’on leur fait rêver, rien ne changera.
Et pour que cela se produise, il faudrait qu’ils prennent du recul sur leurs conditionnements et s’intéressent aux besoins véritables d’un être humain.
Et pour cela, il leur faudrait se cultiver, acquérir le savoir permettant de distinguer le vrai du faux et orienter ensuite autrement leur vie.
Mais cela est impossible, car les dominants, à grand renforts de pub, d’émissions TV débilitantes, ont mis en eux l’idée que l’intelligence est nulle, inutile, à rejeter, que cela ne rend pas riche et célèbre.

Les gens ne sont pas victimes de pression fiscale et hausse des prix, ils sont victimes de leur besoin d’être dominés et de leur besoin d’appartenir à un groupe, quel qu’il soit. Un groupe avec les mêmes pensées, mêmes définitions de l’humain, mêmes objectifs, même économie de la pensée.
Les gens sont victimes de leur humanité.

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« Toutefois, la non-pensée, qui semble une attitude tellement recommandable en politique et en morale, recèle aussi quelques dangers. En prévenant de l’examen et de ses dangers, elle enseigne aux gens à s’attacher fermement à tout ce que peuvent être les règles de conduite prescrites par telle époque, dans telle société. Ce à quoi ils s’habituent est moins le contenu de règles, dont un examen serré les plongerait dans l’embarras, que la possession de règles sous lesquelles puissent être subsumés des cas particuliers.
En d’autres termes, ils sont habitués à ne jamais se décider. Qu’apparaisse alors un individu qui, pour une raison ou une autre, dans n’importe quel but, prétende abolir les anciennes ‘’valeurs’’ ou vertus – cela lui sera facile s’il produit un nouveau code, il n’aura besoin ni de force ni de persuasion, d’aucune preuve montrant que les nouvelles valeurs sont meilleures que les vieilles pour les imposer. Plus les hommes s’accrochent au code ancien, plus ils s‘empressent de s’assimiler au nouveau ; la facilité avec laquelle de tels renversements sont possibles suggère bien que tout le monde dormait lorsqu’ils survenaient. »

Hannah Arendt (philosophe théoricien de la banalité du mal)

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