EDGAR MORIN et le No Pain No Gain

edgar-morinIl y a très longtemps, un homme (très) préhistorique taillait un silex assis à l’entrée de sa grotte.
 
Tout en accomplissant sa tâche, il regardait la campagne environnante avec l’air hébété typique des hommes préhistoriques.
Evidemment, ce qui devait arriver arriva : notre gros nigaud distrait par les mammouths passant au loin fit éclater un long morceau de silex tranchant qui lui coupa un doigt. Le sang jaillit.
 
Ayant stoppé (difficilement) l’hémorragie, il se pencha à nouveau vers le silex tout en donnant son doigt coupé à manger à son fidèle pitbull nommé Boudibuldeurencur.
 
Et que vit-il?
Il vit que son silex était magnifiquement taillé. Son manque d’attention avait eu comme conséquences l’entrée dans une nouvelle ère pour le silex taillé.
 
Il regarda à nouveau Boudibuldeurencur qui rongeait les os de son doigt perdu à jamais et il eut une illumination soudaine : dans la vie, on n’a rien de bien si on ne souffre pas (et si on n’est pas un peu distrait).
 
L’expression nouvelle jaillit de ses lèvres : No Pain No Gain.
Pas de douleur, pas de progrès.
Il était fier de lui, si fier, il venait de mieux comprendre le monde.
Comme le dit Edgar Morn, il avait mis le doigt (ahemm) sur une notion élucidante.
 
Il avait fait un CONSTAT.
Il appela son ado de fils qui traînait pas loin avec ses potes. Et il lui raconta sa découverte d’une notion élucidante.
« Hé oui, mon fils, la vie, c’est No Pain No Gain. Tu peux m’admirer maintenant. »
 
Le fils, comme tous les ados, était porté à la rébellion et à la critique facile et vicieuse.
Il répondit : « Heu papa, ok mais pas tout le temps. Ta notion élucidante est cool, mais tu exagères juste un peu. Et puis moi j’ai une autre idée. On pourrait réfléchir et trouver des moyens d’avoir du Gain sans trop de Pain, voire pas du tout. »
 
Le père ulcéré, lui tint à peu près ce langage : « Ta gueule fils de con, va faire du skate. »
 
Et son égo blessé le poussa à oublier la proposition de son fils pour une vie plus agréable, avec une vision stratégique, où l’on chercherait à se faire moins de mal pour plus de bons résultats.
Il faudra quelques dizaines de milliers d’années avant que le génie précurseur du fils put à nouveau éclore dans quelques esprits brillants et proposer (à nouveau) cette vision si subversive…
 
Le soir, au coin du feu, le père ivre de sa découverte d’un nouveau concept, l’exposa bruyamment à ses compagnons de beuverie.
 
Putain c’est trop cool, lui dirent-ils tous.
« Sacrée notion élucidante. »
 
Le père obtint le poste de chef qu’il convoitait depuis longtemps (le chef en place fut mangé) et la femme du chef (qu’il convoitait depuis longtemps aussi).
 
Et c’est là, comme dirait Edgar Morin, que la notion élucidante devint abêtissante…
D’un CONSTAT, la bande de sauvages bourrés fit une DEVISE.
Ils conclurent, après avoir dépassé les 4 grs d’alcool dans le sang, que pour faire le moindre progrès, il faudrait au minimum beaucoup d’efforts et pas mal de souffrance.
 
Bref, tout progrès nécessiterait, partout et toujours, de la peine.
Et c »était non négociable, indiscutable…
 
Autant dire que le fils ado, du haut de son skate, était consterné. Il tenta de protester timidement, mais on lui confisqua immédiatement son skate, tout en lui disant que, la prochaine fois, la punition serait une bonne décapitation.
 
Les adultes ivres ne comptaient pas nuancer le moins du monde une notion nouvelle si simple, facile à comprendre et si utile pour « réussir » dans ce monde sauvage.
No Pain No Gain, essayaient-ils de chanter (hurler) autour du feu.
Et ils appliquèrent à la lettre cette DEVISE pendant des millénaires, car cela était si facile à comprendre et enregistrer (et appliquer) que cela se transmit au fil des générations.
 
Comme le dit Edgar Morin, on découvre une idée et on la possède.
Mais si on cesse de la penser, on est alors complètement possédé par elle.
Elle devient notre démon.
Le CONSTAT permettant d’évoluer, et demandant d’être pensé, devient une DEVISE abrutissante, qui enferme ceux qui sont alors possédés par elle.

°

Olivier Lafay.

°

« Aussi les idéologies ne sont-elles pas à juger seulement comme erreurs ou vérités, comme fantasmes ou reflets d’une culture ou d’une classe. Elles sont aussi des êtres noologiques, se nourrissant de substances cérébrales et culturelles. Qui possède une idéologie est aussi possédé par elle.
 
Car, comme les dieux, les idéologies sont non seulement dépendantes et instrumentales, mais elles sont aussi possessives et exigeantes. Elles ne sont pas seulement au service de nos intérêts, mais elles nous asservissent en retour, nous parasitent comme des virus – puisque nous pouvons être animés par une idéologie qui travaille à notre perte – et, à la limite, elles nous immolent à elles, puisque des hommes peuvent mourir « pour une idée ». »
 
« Toute notion au départ élucidante devient abêtissante dès qu’elle se trouve dans une écologie mentale et culturelle qui cesse de la nourrir en complexité. Les idées, les théories n’existent pas en dehors de la vie mentale qui les anime. »
 
Edgar Morin
 
Illustration: Edgar Morin parcourant le Tome 2 de la Méthode Lafay (L’espace stratégique).
 
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