Discours sur les méthodes- Part II

Il est conseillé de relire (ou lire) le chapitre 1, Les 5 phases du deuil, avant d’entamer ce second chapitre.
Cette lecture mettra en perspective ce chapitre 2. En effet, votre interprétation du raisonnement qui va suivre sera bien différente selon la phase dans laquelle vous vous trouvez aujourd’hui.

J’ai choisi d’illustrer ce chapitre 2 avec des photos de Toad Jump. La première illustration fait résonner le titre du chapitre, de par le commentaire associé produit par Toad sur Facebook : « tu veux connaître mon secret? Le voici! »

 

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De la même façon, je pourrais dire, en introduction à ce chapitre : « Tu veux connaître mon secret? Le voici! »

 
 

II – que faut-il copier?

Lorsque l’on veut exister dans le sillon ouvert par la Méthode Lafay, en utilisant délibérément le mot méthode et la terminologie afférente, la question du fond conceptuel sur lequel s’appuieront produits, discours et stratégies s’avère incontournable. L’entraînement que l’on dispense, le livre qui le propose, sont les produits d’une conception, qui engendre un discours promotionnel, ainsi que des stratégies de mise en valeur. Une musculation nouvelle suppose une rupture avec une conception traditionnelle

La production d’une nouvelle forme, d’un entraînement différent et de son discours, dépendent du soin accordé aux enracinements qui les fondent. Peut-on innover sans avoir préalablement éprouvé la solidité du fond sur lequel nous bâtissons ce que nous voulons appeler « méthode » ?
La crédibilité, à défaut de pouvoir s’acheter, sera faite des résultats des élèves, qui suivent un parcours indiqué par des mots, dont le pouvoir d’actualisation dépend d’une réflexion aboutie sur les concepts permettant une parfaite pédagogie.
Il est plus facile de s’égarer si l’on utilise une forme racontant un fond n’existant pas.

L’adéquation entre des concepts fondateurs et ce qui sera leurs applications se produit lors de la remontée des premiers vers les seconds. Etape par étape, la mise en forme se clarifie et se précise .
Et c’est au cours de cette remontée que l’on rencontrera le mot « méthode », car il est une articulation, une interface; il ne peut exister seul, hors sol. Déterminer sa place exacte dans le processus de création et de communication demandera de questionner la spécificité de la Méthode Lafay. Une fois qu’auront été installées une base saine, une claire perception, de larges explorations entre fond et forme seront possibles, permettant de comprendre les liens étroits qui les unissent.

 
 

Qu’est-ce qui fait la spécificité de la Méthode Lafay ?

Est-ce le type de résistance utilisé (poids de corps) ?
Est-ce sa terminologie (liant étroitement innovation, méthode et pédagogie) ?
Est-ce son statut de best-seller inégalé ?
Est-ce sa capacité à démocratiser la musculation ?
Est-ce sa volonté de proposer, pour la première fois, une approche globale ?
Est-ce son approche et ses fondements constructivistes ?
Est-ce la musculation prescrite, génératrice de résultats remarquables, et pourtant en rupture avec des théories bien établies?

 

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Si la méthode Lafay s’est installée depuis de nombreuses années comme une référence, qu’il faut tenter d’assimiler, de piller ou de combattre, pour exister dans la nouvelle configuration du milieu de la musculation, l’analyse de ce qui fait sa spécificité, l’examen approfondi de sa structure, en sont restés à l’état d’ébauche ou même totalement ignorés. Il est pourtant malaisé, et souvent infructueux, de vouloir assimiler, copier ou détruire ce que l’on ne connaît ou ne comprend pas.

Lorsque l’analyse est superficielle, les appellations « Méthode », « poids de corps » et « musculation à la maison », semblent conduire au best-seller, et il est difficile, pour l’observateur naïf de comprendre qu’elles s’appuient sur un appareillage théorique complexe et précis. La forme repose sur un fond. Toute inspiration superficielle, toute copie approximative, toute attaque se fondant sur l’anecdote et oeuvrant à la périphérie du phénomène, est vouée à l’échec.
A la volonté d’inscription dans la filiation de la méthode ou d’étouffement de cette même filiation, un préalable s’imposera nécessairement: comprendre.

La Méthode Lafay est une approche globale, utilisant le poids de corps (résistance), démocratisant la musculation et produisant des résultats hors-normes. La reconnaissance publique n’a pu exister qu’en remplissant l’ensemble de ces conditions, qui existent posées sur l’articulation suivante :

Fondements constructivistes démocratisation de la musculation approche globale > utilisation du poids de corpsméthode > public > résultats hors-normes > best-seller.

Les fondements constructivistes rendent possible l’idée et la nécessité d’une démocratisation de la musculation, impliquant une approche globale méthodique, subordonnée à l’idée de projet. L’utilisation du poids de corps comme résistance principale ou exclusive s’impose comme une évidence. Une fois élaboré, l’enseignement reçoit le nom de méthode, comme étant le terme synthétisant le mieux le travail réalisé lorsque l’on veut le communiquer au public. La communication en direction du public peut alors se faire et les résultats permis (hors-normes), dans le cadre proposé, conduisent au best-seller.

Le mot Méthode n’est donc pas à l’origine du processus, ni sa fin. Il est au centre de ce processus. Articulation essentielle entre un fond, une forme, et un public, il dit toute l’importance de l’utilisateur final (le pratiquant). Ce dernier n’est pas seulement client, acheteur, consommateur… La dimension de l’identité personnelle est comprise par la méthode, qui l’intègre via les outils et concepts venant du fond.
Nous sommes maintenant au cœur même des enjeux liant création et communication, lorsque l’on veut œuvrer dans le milieu de la transformation corporelle athlétique. Nous pouvons dès lors évoluer entre fond et forme et comprendre les liens étroits qui les unissent.

 

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C’est à partir d’une vision, d’une conception (le fond), que l’on réalise un produit (enseignement) et un discours (valorisant le produit). Cette conception est la somme de nos savoirs et croyances. Le fond est donc la résultante d’une association entre culture, savoir-faire et éthique. C’est la structure à partir de laquelle peuvent naître plusieurs formes possibles, soit plusieurs enseignements et discours.

Observer attentivement la forme permet d’accéder au fond qui la supporte. Cet exercice peut s’avérer aisé ou difficile, innocent ou périlleux, car la forme est communication, autrement dit : transmission d’un émetteur vers un récepteur. En tant que telle, elle peut amener information authentique, confusion (information inadéquate) ou désinformation (transmission volontaire d’un fond trompeur). Dans le dernier cas, le discours sert à détourner le récepteur humain du fond réel pour mieux le soumettre.

Lorsque la propagande dispose de moyens financiers lui ouvrant l’accès aux médias de masse, elle va user de désinformation pour mieux servir ses intérêts. Il s’agit, par la répétition d’un message élaboré spécialement pour désinformer, de fasciner le public. La forme trahit donc le spectateur en associant aux idées/produits à promouvoir le fond le plus susceptible de les vendre et non, bien évidemment, le sien propre, car elle s’avouerait sinon propagande.

L’accès au fond authentique reste alors difficile car il y a généralement disproportion des moyens entre celui qui influence et celui qui subit (dans le cadre des médias de masse). Il faut parfois être un observateur aguerri pour démêler les liens forme/fond/produit et dépasser les évidences.

L’entreprise qui peut se permettre financièrement l’accès récurrent aux médias de masse (publicité sous toutes ses formes) soumet ainsi un public sous perfusion, passif, susceptible d’acheter un produit pour croire posséder des valeurs. Il achète un produit là où il croit trouver des valeurs.

Ce qui est valable pour les structures économiquement puissantes ne l’est pas pour les petites structures dont le monde de la musculation est globalement composé, et qui ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour concevoir très régulièrement des publicités élaborées et leur acheter des espaces dédiés au sein des grands médias. La possession de l’imaginaire de clients captifs et passifs est alors plus difficile. Vendre massivement un produit à l’aide d’un fond illusoire, vanté par un discours (forme) désinformant le public, n’est pas exclu, mais difficile. Cela peut être la cause d’échecs répétés.

Si la forme, surtout sur Internet, n’est pas parfaitement cohérente, structurée, homogène du point de vue des valeurs, le public visé sera amené, tôt ou tard, à penser que le fond que l’on utilise pour vendre n’est pas présent. Une forte adhésion sera suivie d’un rejet progressif, ou alors ce rejet sera présent dès l’apparition de la première forme (discours + produit).
Utiliser un fond auquel on ne croit pas, c’est-à-dire une image publique, que l’on ne maîtrise pas, à la seule fin de se promouvoir, se vendre, est donc prendre le risque de l’échec.

L’auteur, l’éditeur, le webmaster, en musculation, n’ont pas les moyens de contrôler une image fausse, comme le fait une grosse entreprise qui renouvelle sa propagande en permanence, et donc parvient à maintenir une image bien souvent très éloignée de son fond réel. Sans outil de contrôle de l’image, la forme laisse apercevoir ses failles et finit par craquer et prendre l’eau. La crédibilité dépend de l’adéquation entre l’image proposée au public et celle qu’il perçoit. Et, dans le milieu de la transformation corporelle, l’image perçue est relative à l’efficacité démontrée, soit un rapport concluant entre la promesse et sa réalisation. Soit ce qui est promis advient, soit cela n’arrive pas. Une image fausse est une image fragile, à court ou moyen terme.

Le manque de moyens financiers, dans le milieu de la musculation, interdit donc de transférer les outils et mécanismes marketing efficaces au niveau des grandes entreprises. Il est préférable de rechercher une parfaite adéquation forme/fond/produit, obtenue au travers d’une quête d’authenticité, de créativité et de transparence. Puisque l’auteur, l’éditeur, le webmaster, sont financièrement contraints de se définir comme artisans, ils se doivent, tel l’artisan, de réellement posséder le fond qu’ils veulent vendre. Ainsi, remontant du fond vers la surface, donc vers la forme, ils seront certains de pouvoir développer, avec un peu de maîtrise, une forme qui soit authentique et qui, si elle est longuement réfléchie, saura retranscrire pleinement ce fond.

Ce processus nécessite, pour s’accomplir, de comprendre la musculation en tant qu’un système qu’il est possible de modifier si l’on admet qu’il n’est pas absolu, mais uniquement convention. La conception classique de la musculation constitue un ensemble d’éléments en interaction dynamique organisés en fonction de buts définis par des êtres humains. Le but n’existe que parce que nous le nommons, que parce que nous le désirons. Il est donc possible de modifier les règles d’organisation du système pour le faire correspondre à d’autres buts, le faire répondre à d’autres valeurs. Il est également possible d’élaborer un autre système, très différent du système « classique », voire opposé, au point de rencontre entre des savoirs et des croyances autres, pour répondre à des projets différents.

 

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La musculation repose sur des croyances et des désirs, et la manière « classique » de la penser, de l’analyser, la démontrer, l’enseigner… fait système. Regarder un phénomène sous forme de système nous permet de voir les différentes parties qui le composent, la manière dont tout cela a été agencé. Donc, les croyances sur lesquelles cette construction repose.

En partant des croyances et savoirs et en saisissant leur agencement, on comprend que la musculation est une convention (un accord commun à beaucoup de gens) reposant sur une construction. Les croyances disent ce qu’est le monde et la manière d’y vivre. Lorsqu’une convention en place découvre une autre proposition de convention, ce qu’est la Méthode Lafay (peut-être plus conforme à une évolution globale de la société), cela déclenche incompréhension et rejet : on assiste à un combat de croyances.
Le langage, le découpage du « réel » pour former un autre (nouveau) système, étant différents, ils sont alors perçus comme surprenants, agressifs, iconoclastes ( en tant qu’ils détruisent les images de la réalité en place, c’est-à-dire : les croyances).

L’acceptation de la différence (d’une nouvelle convention) est d’autant plus difficile que notre propre conception est considérée comme absolue, comme la seule vraie, et qu’elle ne se sait pas convention, construction.

C’est le rôle du Constructivisme de déconstruire les conventions pour mieux les comprendre et aider à en reconstruire d’autres, plus adaptées (satisfaisantes). C’est sa grande force de montrer qu’une certitude est en fait une croyance qui ignore qu’elle est une croyance De là, peuvent naître la tolérance, l’acceptation, le respect et la maturation individuelle.

Le Constructivisme est un mode de pensée qui considère que l’on n’a pas accès à la réalité en soi, mais seulement à des représentations (des constructions). En clair : ce que vous voyez, ce que vous pensez, est conditionné par vos sens, votre éducation, vos besoins et vos a priori.
Puisque la réalité est construction, on peut donc en changer. Le Constructivisme permet de déconstruire nos images figées de la réalité (le Vrai) pour nous faire accéder à des images plus souples, adéquates (le Bon). Il donne des outils pour générer et encadrer le changement. Ces outils ont servi à élaborer la Méthode Lafay.

On peut modifier la réalité à notre avantage avec deux sortes d’outils, fournis par le Constructivisme: ceux qui la déconstruisent (nous expliquent comment ça marche) et ceux qui permettent le changement (par l’action).
La méthode est une convention (une réalité), qui s’adapte aisément aux multiples réalités (conventions) qui composent notre société. Elle répond à de nouveaux projets de vie incluant le fait d’avoir un corps musclé, avec des règles systémiques différentes de la musculation classique.

Sa forme provient d’un fond qui autorise une pédagogie différente, une pédagogie qui relie le pratiquant à son contexte, ce qui explique efficacité et reconnaissance publique. D’un côté, elle permet un recul sur le contexte (déconstruction), afin que l’individu puisse mieux définir son projet. De l’autre elle utilise les outils à sa disposition pour produire le changement (construction).

 

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Souvenons-nous de la question qui titre ce chapitre : « Que faut-il copier? »
Si l’on considère les différentes étapes du raisonnement proposé jusqu’ici, on conclut aisément que la question restera sans réponse. Le mot « méthode », employé seul, hors sol, perd de sa force, car il est détaché du fond conceptuel qui devrait le nourrir. Il en va de même de la terminologie afférente et du discours servant à valoriser ce que l’on veut voir reconnu. La musculation évolue dans un cadre artisanal, où le manque de moyens doit être compensé par une recherche d’authenticité dans le discours, et donc une part importante d’énergie accordée aux facteurs qui conditionnent l’émergence d’une création novatrice. On ne produit pas du neuf sans une profonde réflexion préalable sur ce que doit être la pédagogie. C’est seulement en saisissant que la musculation « classique » forme système qu’il sera possible de la renouveler à l’aide du Constructivisme, mode de pensée qui déconstruit les conventions connues pour en produire de nouvelles, plus adaptées au contexte dans lequel on veut évoluer. Une nouvelle convention, pour une nouvelle pédagogie.

Il ne s’agit pas de copier, mais de venir à la source, apprendre à déconstruire pour mieux reconstruire. C’est la condition d’un cheminement qui, s’il s’inscrira dans la filiation de la Méthode Lafay, n’en sera pas moins personnel.

 

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