Analyse de couverture par Nicolas (redline sur musculaction.com)

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En matière d’esthétique corporelle, on ne peut s’empêcher de penser que les critères dominants, qui varient d’une époque ou d’un lieu à l’autre, sont le résultat d’une tension contradictoire entre ce que l’homme aspire à être et ce que la société le pousse à devenir. Sous l’ancien régime, l’aristocrate cherchait à se distinguer du vulgaire en fuyant le soleil et en arborant des rondeurs signe d’abondance et de bonne santé. Dans nos sociétés post-industrielles, où le cholestérol tue plus que la famine, les canons de beauté nous imposent de lutter contre la capacité de notre corps à stocker de la graisse, et à compenser par des exercices auto-imposés la faible quantité de nos efforts physiques au quotidien.

Reflets de cette tension entre nature et société, les innombrables livres existant sur la nutrition optent souvent pour une esthétique clinique et aseptisée, où des photos d’athlètes au ventre plat font figure d’icônes inaccessibles qu’il s’agit pourtant de tenter d’égaler. La couverture de la « Méthode de Nutrition » d’Olivier Lafay aux éditions Amphora tranche heureusement avec cette tradition de célébration déréalisée du corps parfait, en jouant essentiellement sur trois axes qui sont la vitalité, l’harmonie et l’émancipation.

Vitalité des couleurs, tout d’abord, grâce à un jaune tournesol qui baigne l’ensemble d’une lueur chaleureuse, rehaussé par des icônes de force couleur ocre (la flèche, la barre de progression…) Vitalité aussi des corps présents dans l’illustration (le tableau « Adam et Eve » de Tamara de Lempicka), dont les proportions évoquent la santé et la plénitude, sans pour autant s’ériger en modèle insurpassable : les influences cubistes de la peinture introduisent une distance artistique à mille lieues des diktats de l’imagerie publicitaire moderne, qui prétend imiter la réalité en gommant ses défauts.

L’harmonie découle quant à elle de la complémentarité des couleurs, de l’équilibre entre texte et iconographie, mais surtout du tableau lui-même, dans lequel la proximité entre l’homme et la femme, à la fois enlacés et tournés vers un même but, introduit une sensualité qui est aussi une composante fondamentale de l’expérience gustative. Ici, la pomme d’Adam et Eve nous rappelle que les repas en commun font partie intégrante de la vie de couple, et peuvent, par leur qualité, contribuer à la sublimer. Cette méthode s’affiche enfin comme émancipatrice dans la mesure où elle se met au service du lecteur, sans chercher à lui imposer une norme artificielle. Pas non plus ici d’idéalisme outrancier, source inévitable de frustration. Car le paysage visible derrière notre couple enlacé n’est pas le jardin d’Eden, mais une grisaille urbaine agencée en blocs, qui contraste en couleur comme en forme avec les silhouettes au premier plan. Découpée sur un tel cadre, leur beauté voluptueuse apparaît d’autant plus méritoire… et d’autant plus à notre portée.

 

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