SOUS LE MASQUE

Le masque peut être une métaphore.
C’est, dans ce cas, l’apparence que l’on donne au visage, ce qu’on cherche à exprimer à travers lui, avec beaucoup d’efforts. Nos mimiques, celles des autres qui réagissent à notre présence peuvent être totalement calculées…
Et, dans le prolongement, c’est aussi notre posture, nos mouvements, nos réactions et même nos paroles (étudiées pour faire partie d’une certaine image).
C’est la constituante essentielle de notre image sociale.

Carl Gustav Jung appelle « persona » cette image sociale.

Elle est la partie visible, audible, de ce que Reich appelle « caractère ». Et ce caractère est le fruit d’apprentissages secondaires ( expression de Gregory Bateson). L’enfant apprend, sans le vouloir, à penser, se comporter, s’exprimer, d’une certaine façon.
Nous sommes construits pour prendre une certaine forme, qui limite nos possibilités, qui entrave notre potentiel d’épanouissement humain et le condamne en même temps.

En grandissant, nous nous accrochons à des images, qui sont directement valorisantes (brillantes), ou qui nous valorisent en montrant notre côté sombre. On peut se sentir gratifié, du fait des apprentissages dans le cercle familial, en adoptant une image auto-destructrice.
Cette persona auto-destructrice, à un autre niveau, peut être dévalorisante suite au regard des autres porté sur elle (cas du drogué devenant une épave) ou très valorisante (en Crossfit ou Bodybuilding, l’autodestruction est vue comme le suprême héroïsme).
Il s’agirait d’obtenir et conserver un beau visage, une belle apparence, une belle forme, qui contraindrait et/ou jouirait d’un corps, d’un fond (de Soi), meurtri.

Nous faisons beaucoup d’efforts pour maintenir cette image, beaucoup.

La femme qui veut une image valorisante, va se maquiller, cacher ses disgrâces, camoufler, toujours arranger, pour que l’image soit lisse et belle, et cet effort se fait au détriment du reste de la personnalité, qui déjà sous-développée par la formation du caractère durant l’enfance, attend, et souffre.

Sans le maquillage étudié des yeux, le regard semble soudain vide, mort, empli de peine. Il faut cacher cela, cacher honteusement qu’on n’est pas conforme à l’image fun et sexy tant valorisée dans notre société.

De plus en plus d’effort pour paraître. Et de plus en plus de souffrance tapie en soi.

Il faudra alors à cette femme de plus en plus d’efforts pour maintenir son image et elle sera de plus en plus souffrante au fond, de plus en plus abîmée sous la surface.
Et un jour, malgré les efforts, les digues cèderont, tout craquera.
La laideur liée à la souffrance non assumée traversera toutes les couches de l’être pour jaillir à la surface.

C’est le thème du roman « Le portait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde. Le maintien forcené de l’apparence de l’image, se fait au détriment du Soi. Un jour la vérité profonde éclate. Elle finit toujours par éclater, malgré tous les artifices employés (ce peut être le maquillage ou la chirurgie esthétique, mais dans le roman, Wilde choisit le pacte avec le Diable, qui est une métaphore de tous les artifices possibles).

C’est aussi le thème du film American Psycho, où l’obsession pour l’image, l’enfermement dans un rôle et la quête absolue de l’adhérence totale au rôle conduit à la folie et au meurtre.
Plus on s’éloigne de soi, plus on perd contact avec la vie et la réalité.

C’est aussi un des thèmes de l’atelier Amour inconditionnel, que nous présentons lors des Rencontres Lafay, avec Raphaël Arditti.

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2 réflexions sur “SOUS LE MASQUE

  1. Quelle force dans ce post de blog. Je suis très touché par ce que je lis ici. Je connaissais la méthode Lafay depuis des années mais je n’avais rien fais jusqu’à présent. Cette semaine j’ai commencé le premier entrainement et j’ai adoré. En venant ici pour en apprendre d’avantage je me rend compte que la philosophie inspirant Olivier est juste magnifique et je cherche également à prendre la même voie. Je vous souhaite beaucoup de courage et de persévérance!

  2. Larichesse de ce document est d’une extrême profondeur. Une étude de la fragilité psychologique de l’être humain qui, à tout prix veux se conformer à l’image sociale produite et véhiculée par les médias et la publicité… La peur du vieillissement, la peur de mourir et l’apparence. PARAÎTRE… Travailler l’extérieur de son être au détriment de son intériorité, de son intérieur, de l’introspection ( c’est quoi ça ? … Connais pas… Ça ne se voit pas. Trop abstrait… ) de sa spiritualité ou plus précisément du bon sens. RÉFLÉCHIR au SENS de la VIE. Au sens que l’on souhaite donner à sa vie. Merci pour cet extrait qui conduit sur un chemin de réflexion et de sagesse pour condamner le toujours plus, le toujours mieux etc… Le moi, je. Le plus plus… Le Pantagruélique de notre société de consommation. Jusqu’où ?
    Sol’ange.

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