La virilité

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« Toute virilité ostentatoire signale bien souvent une virilité défaillante. Vouloir exhiber sa testostérone relève la plupart du temps d’un plaidoyer « pro domo » (pour soi) : on montre ce à quoi on aspire, mais qui nous fait défaut!

La virilité authentique n’a pas besoin d’être spectaculaire, théâtralisée, exposée…il lui suffit d’être. Simplement. »

(Michel Onfray)

 

A ceux qui menacent sur le net, jouent les durs, donnent des adresses pour d’hypothétiques RV virils (pour la bagarre).
A ceux qui se décrivent en permanence comme des super-héros.
 
Ceux-là devraient faire une pause (au lieu d’une pose) et prendre le temps de méditer la citation d’Onfray.
Qu’ils réalisent à quel point leurs airs de durs, de supermen, ainsi affichés, révèlent leur fragilité.
 
Et on enquille les sports de force et les arts martiaux, et on s’applique à devenir toujours plus fort, No Pain No Gain, et on défie, menace, roule des mécaniques…
 
Mais, au fond, on craint toujours de se retrouver un jour en position de ne plus avoir le contrôle. On craint l’adversaire qui sera plus fort, qui nous soumettra.
 
Alors on retourne au gym, No Pain No Gain, et on cherche à se prouver qu’on est invincible.
Et quand on en voit des plus forts, des plus entraînés, on se renseigne et on entame des cures. Tant pis pour les risques, pour la santé… La crainte d’être vaincu, de ne plus pouvoir dominer, rendent inévitables la prise de stéroïdes, les drogues du pouvoir, les si illusoires garanties d’invincibilité.
 
Et quand on en voit qui arrivent aisément à imposer leur autorité, sans être des pâles copies de superman, on frémit, on s’interroge, on doute; et on compense en se racontant des histoires comme quoi, si on voulait, on pourrait, on ferait..
 
Quand on voit la virilité s’exprimer selon des codes qui nous semblent inaccessibles, on sent la peur à nouveau affleurer au seuil de la conscience, la peur d’être considéré comme faible, rejeté hors du système où règne l’impitoyable concurrence, l’impitoyable lutte pour la dominance.
Alors on retourne au gym, frémissant et on se jette sur le tatamis. No Pain No Gain.
 
On menace, on défie et on se moque des faibles, de ceux qui ne soulèvent pas aussi lourd, et qui ne cognent pas aussi fort.
Aussi primaires que l’animal qui lutte pour dominer la meute, on sait bien au fond qu’on rêve et que, dans ce genre de rêves, le dominant finit toujours par être défié, vaincu et rejeté. On sait que c’est sans fin…
Mais on a si peur, alors on continue. Tout plutôt que ne pas paraître dominant.
 
Et on s’use, on s’abîme, on se fragilise, habitant un corps pétri de craintes et d’inhibitions.
Et le jour où l’on tombe, bien entamé par nos excès, on se met à raser les murs, le regard baissé et le dos courbé. La peur, qui n’avait jamais été anéantie, juste cachée, envahit tout notre être.
Ce qui nous faisait vivre, croire, ce qui nous autorisait à hurler notre existence et notre supériorité, n’existe plus.
 
Et quand, comme dans le proverbe chinois, notre cadavre passe sur la rivière, devant nos ennemis, ceux qu’on a défiés et parfois humiliés, notre esprit se dit dans ses derniers soubresauts que l’on s’est trompé.
Par ignorance et par peur.
 
La virilité, cette force qui nous fait prendre le monde et le transformer, qui nous fait nous affirmer, dépend, pour être et durer, de notre capacité à tout être. A être souple, multiforme, changeant et pourtant essentiel. C’est une des dernières étapes décrites par Giorgio Nardone (Chevaucher le tigre).
 
Le culte de la force ne tend à favoriser le développement que d’une seule des modalités permettant la virilité. Il est violemment réducteur, illusoire et est un aveu de faiblesse : il révèle notre besoin de tout vouloir régler, dominer, par la force (ou par l’exhibition de son apparence). Il révèle notre impuissance à emprunter d’autres chemins, notre manque de souplesse comportementale, nos limites.
Il renseigne sur nos peurs.
Il dit déjà nos échecs à venir.
 
Et notre cadavre passe sur la rivière, au milieu de tant de cadavres qui y ont cru, comme nous.

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