Médecine et constructivisme : vers des liaisons heureuses

Paul Watzlawick

watzlawick Caducee-Medecine

 

Raphaël Arditti, futur médecin, suit ce blog depuis plusieurs années. Il a ressenti, il y a environ un an, le besoin d’approfondir les savoirs que j’utilise et valorise dans mes articles. L’enseignement dispensé en médecine lui paraissait incomplet et inadapté à son fonctionnement d’alors.

Il s’est dit : « si Olivier a réussi à créer une méthode qui permet d’obtenir des résultats exceptionnels en musculation, il doit bien y avoir moyen de faire la même chose dans les études médicales. »

Il a donc acquis des connaissances, les a expérimentées, et ses progrès se sont concrétisés sous la forme d’interventions très pertinentes sous chacun de mes articles (pseudonyme : Carlo). Intéressé, je lui ai alors proposé de partager avec mes lecteurs sa vision des liens entre constructivisme, méthode et vie.

C’est cette vision que vous trouverez dans l’article ci-dessous. Le texte de Raphaël se présente à la fois comme un résumé et une interprétation de ce qu’est mon travail, sur la base de mes écrits auxquels s’ajoutent ses propres recherches.

 

Jean-Louis Le Moigne

lemoigne

 

Edgar Morin

edgar_morin

 

Pourquoi venir sur le blog ?
Par Raphaël Arditti

C’est vrai ça, pourquoi ? Ne serait-ce pas une perte de temps ? Ce temps qui nous est tous si précieux.
Néanmoins, on peut tout de même s’étonner de l’énergie et du temps investis par Olivier pour rédiger, compléter et diffuser gratuitement ses articles. Il doit bien y avoir quelque chose d’important…

Ces interrogations se ramènent en fait à une question centrale : quel est l’intérêt du Constructivisme pour l’individu contemporain ?
Pour répondre à cette question, j’aimerais tout d’abord faire le point sur notre situation actuelle. Puis, une fois ce cadre établi, l’inadéquation de la musculation traditionnelle ainsi que son nécessaire dépassement par la musculation constructiviste (Méthode Lafay), apparaîtront plus aisément. Enfin, en m’appuyant sur les éléments introduits dans la 2nde partie, j’essaierais de montrer, de manière plus générale, en quoi les concepts constructivistes peuvent s’avérer particulièrement précieux pour chacun d’entre nous.

Bonne lecture à toutes et à tous.

 

Ernst von Glasersfeld

Ernst von Glasersfeld Photo: Michaela Bruckberger

 

I. La situation de l’individu contemporain : l’exigence d’autonomie

L’élément probablement le plus marquant de notre situation actuelle, est la possibilité que nous avons de nous gérer nous-mêmes. Etre le capitaine de son propre navire, donner le cap, est en effet une avancée particulièrement récente.

« Pendant des millénaires, les individus n’ont pas été en mesure de « se réaliser ». Ils étaient soumis à un destin, dépendant de leur lieu de naissance, de leur milieu social et de la profession exercée par les parents. Un fils d’agriculteur devenait la plupart du temps agriculteur, un commerçant devenait commerçant, etc. » (Méthode de nutrition p.13).

Nous sommes donc contraint, dans tous les domaines de notre existence, d’orienter notre embarcation dans une direction plutôt qu’une autre, d’apporter des solutions adéquates et personnalisées aux nombreux problèmes qui nous assaillent quotidiennement.

« L’athlète du quotidien a fort à faire, il doit s’accomplir professionnellement, socialement et personnellement. Et ces trois modalités de l’épanouissement individuel sont très profondément imbriquées. » (Méthode de nutrition p.33)

A travers cette exigence d’autonomie, c’est notre identité qui est en jeu, car nos actions à la fois traduisent et construisent ce que nous sommes. L’individu contemporain est sommé de se construire lui-même.

 

Heinz Von Foerster

VonFoersterHeinz

 

II. Les outils à disposition de l’individu contemporain : l’exemple de la musculation

Dans ce contexte, la musculation semble permettre, par la construction du corps, de répondre en partie à l’exigence contemporaine de construction de soi.

Mais qu’en est-il vraiment ?

Lorsqu’on tourne notre regard vers la musculation telle qu’elle est pratiquée traditionnellement, on constate que les entraînements nombreux, longs, épuisants, ne laissent au pratiquant ni le temps ni l’énergie pour se consacrer à de nombreuses autres activités. Cette situation pose problème à l’individu contemporain, sommé qu’il est de se réaliser dans tous les domaines (personnels, professionnels et sociaux). Il ne peut donc plus se payer le luxe d’être totalement absorbé par une activité, de dilapider tout son temps et son énergie dans un secteur très précis de son existence.
Par conséquent, la musculation, telle qu’elle est envisagée habituellement, apparaît inadaptée au contexte actuel.
On a le sentiment qu’elle n’est plus considérée comme un moyen pour se construire, mais comme une fin en soi, le but étant d’en faire toujours plus.

La question qui se pose alors, est de savoir si cette finalité peut être questionnée, critiquée. S’il s’agit d’une finalité absolue, éternelle, ou bien d’une finalité élaborée par les hommes et donc potentiellement modifiable.
C’est à ce moment là que le Constructivisme entre en scène, car selon lui, la compréhension que nous avons du monde (ici, de la musculation) est construite. Cela signifie donc que le sens de la musculation, sa finalité, peut être réévalué, réadapté au contexte actuel.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre de pratiquer une musculation aliénante, qui grignoterait toutes nos autres sphères d’activité, nous enfermant ainsi dans le culte du corps. Il nous faut, bien au contraire, une musculation qui subordonne la construction du corps à la construction de soi, qui nous laisse les ressources nécessaires à la réalisation de notre développement global, et qui même, y contribue.
La finalité de la musculation devient le mens sana in corpore sano.

« Je présente régulièrement la méthode comme « le meilleur compromis », car c’est comme ceci que je l’ai voulue et conçue pendant mes quinze années de recherche : une polyvalence athlétique obtenue en un minimum de temps de pratique. Une grande force, endurance, puissance, souplesse, détente, avec seulement 2 séances d’entraînement hebdomadaires; et même un gros volume musculaire avec 3 séances hebdomadaires et une alimentation hypercalorique. » (Le meilleur compromis 10/07/11)

A présent que la finalité de la musculation est clairement posée, il s’agira de produire un entraînement à même de concrétiser cette ambition. Concernant l’outil à utiliser, le poids du corps s’impose comme une évidence, car il est peu traumatisant pour l’organisme (économie d’énergie) et peut être utilisé n’importe où (économie de temps, d’argent et d’espace).

Les séances traditionnelles sont particulièrement longues, car elles se fondent sur une vision analytique du corps humain : les différents muscles sont isolés et exercés les uns après les autres, séquentiellement. De même, les qualités athlétiques sont strictement distinguées (endurance, résistance, force, détente etc.) et exercées spécifiquement.
Ainsi, plus l’on désirera exercer un nombre important de muscles ou de qualités athlétiques, plus les séances seront nombreuses et étirées dans le temps. Cette façon de procéder est très liée à la finalité de la musculation classique. A présent que notre projet est la polyvalence athlétique, obtenue de manière la plus économique possible, on cherchera à créer un système, où exercices, temps de repos et nombre de séries joueront le rôle d’éléments actifs, agencés rationnellement dans le but de faire émerger les qualités athlétiques recherchées. Les programmes ainsi obtenus, devront être par la suite agencés de manière progressive, afin d’amener sans encombre le pratiquant jusqu’à son objectif.

Non seulement la musculation traditionnelle dissèque le corps humain, mais elle clive également l’individu, l’esprit cherchant à soumettre le corps dans une confrontation héroïque et énergivore entre soi et soi. On préfèrera substituer à cette attitude, trop gourmande en énergie, la coopération avec le monde, avec les autres et avec soi-même (concept d’efficience). La structuration de l’entraînement doit ainsi permettre au pratiquant de contourner les obstacles qui se dresseront sur son chemin. La création d’espaces internet (forums, blogs) dédiés à la pratique de la Méthode, autorisera entraide et partage.

Enfin, ce système devra pouvoir être rapidement mis en pratique par le pratiquant (économie de temps et d’énergie), ainsi que présenter suffisamment de souplesse pour être en mesure de s’adapter à l’univers particulier de chaque pratiquant, ainsi qu’à ses objectifs propres, en terme de développement musculaire et de condition physique.

« Le succès de ma méthode, les remous qu’elle a suscités, les copies qu’elle peut inspirer, proviennent moins du fait que ce soit une méthode au poids de corps que le renversement radical des conceptions qu’elle a engendré en musculation.
Le renversement est effectivement radical : le délai entre le début de l’apprentissage et l’action efficace est considérablement réduit dans ma méthode. Le pratiquant dispose d’un ensemble d’informations l’emmenant directement vers l’action. Il change. » (Turbo p. 10)

Ainsi, en postulant que notre compréhension du monde est construite, et que cette construction se réalise par une remise en contexte de l’objet d’étude, le Constructivisme nous a permis de penser et d’établir une culture physique répondant aux exigences contemporaines.

 

Cloe Madanes

cloemadanes

 

III. Penser nos actions grâce au Constructivisme

En m’appuyant sur les éléments introduits dans la 2nde partie, j’aimerais montrer ici, de manière plus générale, en quoi les concepts constructivistes peuvent s’avérer si utiles à chacun d’entre nous ; notamment lorsque nous sommes confrontés à une situation d’échec.

Dans ce cas, nous avons le plus souvent tendance à nous acharner, à revenir à la charge encore et encore, en pensant finalement l’emporter.
Comment expliquer cette attitude ?
Certes, nos sociétés occidentales nourrissent la croyance selon laquelle la réussite doit s’accompagner de nombreuses souffrances (no pain no gain), mais il y a également des raisons plus profondes.
En effet, toute action se base sur une présupposition, sur un fond culturel qui informe sur le pourquoi et le comment de cette action ; qui lui donne son sens.

« La quête première de l’homme, dès lors qu’il a pu construire une adaptation à l’environnement qui soit favorable à sa survie, est celle du sens. Nous avons besoin de comprendre le monde et d’être compris par lui. » (Méthode de nutrition p. 28)

Si nous ne prenons pas conscience de ce fond culturel qui détermine nos actions, nous sommes condamnés au « toujours plus de la même chose ».

« L’image est donc celle d’un cercle infernal dont il faut sortir, et cela se fait en étant créatif, ouvert, en réfléchissant à nos conditionnements. » (Répéter jusqu’à en mourir 18/01/12)

Pour cela, le Constructivisme va s’avérer déterminant. En effet, celui-ci affirme que ce fond culturel est construit par les hommes et non donné, évident ou absolu ; il peut donc être modifié, déconstruit puis reconstruit.
Il s’agira, lors de la première étape (déconstruction), de prendre du recul sur la situation, en identifiant le pourquoi (but) et le comment (moyens) de notre action.

Suite à cette prise de conscience, deux types de modification pourront être envisagées.
Un changement superficiel : la finalité, le sens de notre action n’est pas modifié, car jugé approprié à la situation. Seuls les moyens permettant d’y parvenir seront réajustés.
Un changement en profondeur : la finalité de notre action n’est pas jugée adaptée au contexte, elle doit donc être modifiée.

Envisager que le sens de notre action n’est pas adapté au contexte, c’est donc inscrire cette activité dans un ensemble plus vaste. C’est comprendre cette action non pas en elle-même, comme une fin en soi, mais comme un moyen au service d’une finalité plus vaste.
On comprend donc que, pour l’individu contemporain, toutes ses activités doivent être subordonnées à un projet de vie global. Elles doivent jouer le rôle d’éléments actifs, agencés rationnellement dans un but : la réussite d’un projet de vie.
Quels sont les bénéfices d’une telle modélisation ?
Tout d’abord, ce projet de vie va jouer pour nous le rôle d’un phare : grâce à lui, nous allons pouvoir orienter plus aisément notre embarcation. Les prises de décision quotidienne s’en trouveront facilitées.
L’organisation rationnelle des activités sélectionnées, permet de penser les rapports entre ces activités : comment les coordonner au mieux afin d’éviter les conflits, les frottements, les pertes d’énergie ? Le concept d’efficience s’avère alors pensable et nécessaire. Il s’agira de réaliser l’association la plus productive possible, celle qui vous permettra d’atteindre aisément votre objectif, sans perte ni fracas.

« L’efficience est de l’ordre de l’invisible ou du presque invisible. L’efficience cause un minimum de friction avec le réel. Elle procède d’une logique de coopération et fonctionne suite à une douce et habile mise en condition (de légères actions) en amont. L’efficience ne rejette ni ne nie l’efficacité, elle l’intègre, mais en minorant sa place. Elle a pour but (pour essence?) de réduire les périodes d’affrontement direct. Elle est volonté de transformation silencieuse. » (De l’efficacité à l’efficience : la nouvelle voie du muscle 15/02/12)

N’avez-vous jamais entendu dire : « Attend, c’est normal qu’il réussisse ce qu’il entreprend ! Tu as vu dans quelles conditions il est ?! » ?

 

Giorgio Nardone

GiorgioNardone

 

Conclusion

Résumons brièvement : l’individu contemporain est soumis à une exigence d’autonomie, et il semblerait que le Constructivisme s’avère particulièrement adapté pour y répondre. En effet, celui-ci permet
De critiquer/dépasser les solutions inadéquates
De prendre plus aisément ses décisions, par la formation d’un projet de vie global
D’atteindre plus aisément ses objectifs, grâce à une logique de coopération (efficience).

Pour finir, j’aimerais replacer cet article dans la continuité de ceux rédigés par Olivier, en réalisant quelques ouvertures sur des concepts appelés à être développés prochainement, notamment dans « Discours sur les méthodes ».
Nous avons vu qu’envisager les relations entre nos différentes sphères d’activité permettait de mieux les coordonner, afin d’atteindre plus aisément notre objectif de vie. Mais nous ne sommes pas seul. Il y a autour de nous des gens qui cherchent également à réussir leur propre projet de vie. C’est pourquoi un bon projet de vie, est un projet qui prend en compte les projets de ceux qui nous entourent, qui se subordonne lui-même à un projet plus global, au niveau de la société. A partir de là, la coopération avec les autres devient possible et même salvatrice.
Mais comment coopérer au mieux avec autrui ?
C’est la communication qui nous relie les uns aux autres. Ainsi, si nous souhaitons obtenir des échanges de qualité, il nous faut disposer d’un langage souple, suffisamment riche pour pouvoir s’adapter à des interlocuteurs divers, à des contextes divers. Il nous faut un langage complexe.

La société demande à l’individu d’être compétent dans de nombreux domaines. Néanmoins, même si les outils constructivistes s’avèrent particulièrement libérateur, il n’est pas possible d’être un spécialiste en tout.

« Ce qui va nous manquer, ce sont des méthodes, c’est-à-dire des outils capables de nous prendre en charge jusqu’à l’obtention du but final, en un minimum de temps. Ceci progressivement, sans nous étouffer » (Méthode de nutrition p.31)

Par conséquent, creuser le concept de méthode, l’approfondir, permettra à chacun de se libérer et de libérer autrui.

 

Françoise Kourilsky

FranccediloiseKourilsky

 

Siegfried Schmidt

SiegfriedSchmidt

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