LA SECTE DE CEUX QUI PENSENT (et multiplient les points de vue)

Suite à un excellent commentaire de Denis Tiquet, je voudrais préciser certaines choses au sujet des références de la Méthode Lafay.

Si tous les livres que je cite disaient la même chose, un seul livre suffirait 
L’approche Lafay est très différente, par exemple, du point de vue unilatéral que l’on voit dans la musculation classique, où tout le monde dit à peu près la même chose, tout en citant quelques études discordantes aussitôt oubliées (ou appliquées un temps de manière périphérique).
En musculation classique, on part de pas grand chose (un domaine d’étude très circonscrit, très peu étendu) et on généralise, voire on « philosophe ». On essaie de valider ses présupposés, qui ne sont autres que ceux de la culture dominante.

L’inversion accusatoire, bien connue en psychologie, est le procédé habituel de ceux qui reprochent à la Méthode Lafay ce qu’ils font eux-mêmes : être sectaires, intolérants, refusant l’ouverture et la liberté d’expression.

La Méthode Lafay est la tentative (réussie) de lier de nombreux domaines du savoir, n’allant pas tous dans le même sens idéologique, n’adhérant pas aux mêmes conclusions, afin d’en tirer un modèle applicable lorsque l’on veut croître (se développer) et durer (vivre en bonne santé le plus longtemps possible).

Si ceux qui cherchent à se débarrasser d’un problème gênant sans trop avoir à penser, lisaient, se cultivaient et étaient aptes à lier et comparer des savoirs, l’accusation de secte Lafay, qu’ils balancent à tout va, où les gens liraient des références adoptant unilatéralement le même point de vue, tomberait brutalement.

Quelques exemples, afin de mieux comprendre 

Edgar Morin critique Gregory Bateson, qu’il intègre à sa Méthode.
Henri Atlan, dans Entre le cristal et la fumée, critique Morin…
Mathieu Triclot, dans Le moment cybernétique, critique Atlan, lui-même considéré par le magazine La recherche comme un génie ayant eu 40 ans d’avance.

Stirner (L’unique et sa propriété) affirme la primauté du MOI JE, qui est largement et fortement condamné par Durckheim (Hara, centre vital de l’homme).

Nietzsche, premier psychologue des profondeurs, est repris tout en étant critiqué par Watzlawick, représentant célèbre de Palo-alto, qui rejette la psychiatrie et la norme de santé mentale, pourtant reprise et intégrée par Nardone, issu du même mouvement et collaborateur de Watzlawick.

Alexander Lowen, reprend, dépasse et critique Freud, et se situe sur une ligne opposée à celle de Palo-alto, qui mise essentiellement sur la communication.
Et des auteurs dont je parlerai bientôt font vivre ensemble, avec finesse, ces deux opposés.

Ehrenberg, avec son étude classique sur la performance, n’a pas encore été jeté de son piédestal, tant son analyse est pertinente. Si bien que même les Staps le reprennent, sans pour autant responsabiliser leur discours.

Bruce Lipton, de par son point de vue religieux, centré sur l’individu, est contré par de nombreuses autres références de la Méthode Lafay.

De Rosnay a une vision très entrepreneuriale de la cybernétique, certainement à l’opposé de celle de Bateson, qui l’a nourri pourtant.

La question du curseur à déplacer et fixer entre compétition et coopération, est fondamentale. Il faut apprendre à penser ces opposés. et savoir les faire cohabiter, nécessairement.
Ainsi, Pierre Rabbi est pris non comme modèle, mais comme outil pour penser nos conditionnements. Sa vision de la croissance est-elle la nôtre?

Etc.

Mon travail a toujours consisté à assimiler autant ce qui allait dans le sens de mes présupposés que ce qui s’y heurtait, du moment que cela était pertinent et/ou sourcé.
Puisque mon projet de base a toujours été : lutter contre l’entropie, croître et durer.

Il paraîtra évident à toute personne un peu cultivée qu’il faut adopter une méta-position très réfléchie pour allier Reich et Watzlawick…

En fait, la question à se poser est toujours la même : quel est le projet?
Quelle est la fonction d’un discours ou d’un comportement dans un système? Pour le système?

Si le projet est juste de faire du muscle, sans inclure d’autres paramètres (ou si peu), forcément…

Si le projet est de protéger ses croyances et/ou sa mémoire traumatique, forcément…

°

Olivier Lafay

°

°

Ci-dessous, le commentaire de Denis :

Je ne crois pas qu’il faille juste opposer fermeture et ouverture d’une façon telle qu’éviter certaines choses serait être totalement fermé (et ce serait négatif) et que pour être ouvert (positivement) il faudrait lire tout ce qui nous tombe sous la main.

Pour élargir ce principe au-delà de la lecture, doit-on absolument tester tout ce qui existe dans la vie pour être « ouvert » ?
Assurément non.

Il y a des choses qui ne nous plairons pas, d’autres qui nous ferons du mal et on peut le savoir à l’avance selon notre vécu, nos expériences, nos savoirs…

En ce qui concerne les lectures, faut-il absolument lire l’intégrale de Steve Jobs, la biographie de Justin Bieber, les livres de Tony Robbins et les leçons de développement personnel (et ça fait un sacré paquet de livres) en plus de Edgar Morin pour être plus ouvert que celui qui prendra plutôt du temps pour Edgar Morin et Alain Ehrenberg mais évitera les biographies de toutes les personnes ayant « réussi » ?

Pas sûr.

En fait, on en arrive à la question des critères et de la hiérarchisation des lectures.

Et quand on a des critères, forcément, on élimine certaines choses et on en garde d’autres, sauf si le critère unique est « l’ouverture » , critère dont la mesure est de lire tout ce qui nous passe sous la main sans considération pour le contenu, les apports, la qualité de l’ouvrage.

Mais être en ouverture totale et absolue n’est pas souhaitable. Il faut pouvoir filtrer. 

Enfin, pour ta question, ça dépend ce que tu entends par « plaire ».

Ce qui compte, c’est de ne pas rejeter une lecture parce qu’on sait qu’elle risque de mettre à mal certaines de nos croyances.
Il faut pouvoir utiliser les informations même contradictoires pour enrichir et nuancer sa pensée, pouvoir la complexifier.

Mais ça ne veut pas dire que pour avoir une valeur une « information » doive être contradictoire avec nos croyances.
Elle peut être contradictoire et sans aucune valeur ou bien ne rien apporter alors qu’elle va dans le sens de ce que l’on connaît.

Si l’on prend exemple sur le thème de l’éducation bienveillante, il y a des ouvrages qui, une fois qu’on en a lu plusieurs sur le sujet, n’apporteront rien. Alors qu’ils vont dans notre sens…

Et lire quelqu’un qui nous dit « non mais moi la fessée ça va j’ai pas été traumatisé », dès que tu connais les travaux scientifiques les plus récents sur le sujet, tu ne peux pas juste accepter et changer tout ton système de croyances pour ça. 

Cela étant, il peut y avoir des choses fausses ou incorrectes dans certaines des connaissances acquises et des ouvrages vont permettre d’enrichir, de corriger tout cela et rejeter alors que ça pourrait apporter quelque chose à sa grille de lecture, c’est là que ce n’est pas bon.

Et on pourra noter dans l’approche pluridisciplinaire de la Méthode Lafay que les auteurs de références ne sont pas toujours sur la même ligne exactement: il y a des approximations ici, une contradiction entre auteurs là et à force de lectures, toutes ces différences permettent d’avoir de la nuance dans une pensée riche et complexe.

Si tout le monde disait strictement la même chose, quel intérêt?

Si tout le monde disait tout et son contraire, comment avoir une vue d’ensemble riche et cohérente sur les choses?

Il y a des points de convergence, des points de divergence, à chacun de se nourrir de tout cela, puis au fil du temps creuser plus en détails certains points qui l’intéressent de son côté ou avec nous et de juger toujours mieux, se nourrir et s’enrichir toujours mieux…

Content Protection by DMCA.com