Un combat perpétuel

Pectus1Certains me connaissent sûrement déjà par rapport au premier article qu’Olivier avait fait sur moi le 3 août 2011.
Pour résumé, je suis né avec une déformation thoracique appelée Pectus excavatum, qui à mon adolescence me complexait énormément. De plus, mon creux se déportait du côté du cœur et pouvait à la longue devenir dangereux.
Je me suis donc fait opérer en 2007. Après mon opération, je pesai 56 kgs pour 1m93. Je n’avais aucun souci de santé (anorexie, carence…), c’était ma morphologie.

Je faisais mes études dans un lycée agricole, donc un établissement principalement masculin. Entre mecs à cet âge-là (16 ans), c’est la loi du plus fort. Donc oui, j’étais content, je n’avais plus ce trou au milieu de ma poitrine, mais j’avais toujours cette apparence rachitique qui me faisait passer pour un faible et ça, je ne le supportais plus !
J’ai donc cherché tous les moyens possibles pour me muscler et je suis tombé sur la méthode Lafay. En 2008, j’attaquais la méthode. Je m’entraînais 6 fois par semaine (1 jour bas du corps, 1 jour haut du corps, 1 jour de repos le dimanche) et je mangeais 6 fois par jour.
Je n’avais qu’un seul objectif en tête, monter à 90 kilos.

 

3 ans de méthode et j’atteins 80 kgs, je suis ravi de ces résultats et je continue ma progression pour atteindre mes 90 kg.

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Juillet 2012, 88 kgs

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Soirée qui finit mal…

Le 7 juillet 2012, je suis en soirée avec des amis et vers 2h du matin, on décide de se « finir » en boîte de nuit. La soirée se déroule très bien, à 6h on quitte les lieux, tout le monde était alcoolisé, mon état de fatigue et mes degrés d’alcool étaient tel que je monte dans la voiture malgré l’alcoolémie du conducteur ainsi que 2 de mes amis.
A mi-chemin, tout le monde dormait sauf moi et le conducteur. Le conducteur s’endort à son tour, il accélère de plus en plus car endormi le pied sur l’accélérateur. On heurte une barrière en béton à 120 km/h. Je reprends mes esprits juste après le choc avec plus aucune sensation dans les jambes et le siège conducteur enfoncé de 8 cm dans le genou gauche.
Les pompiers m’ont sorti du véhicule et je me retrouve 1h plus tard au CHU de Dijon sur une table d’opération. Je suis toujours conscient, je demande au monsieur à côté de moi ce que j’ai, c’était le chirurgien qui allait m’opérer du dos. Il me dit froidement que je ne pourrai plus jamais me servir de mes jambes. Tout s’effondre autour de moi, je me demande pourquoi moi et qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça !
1 semaine après mon accident, je reprends mes esprits, car les hautes doses de morphine m’empêchaient de penser et de réfléchir. Je me dis que ça n’est pas une fatalité sans vraiment savoir ce qu’est la paraplégie et que si je suis là aujourd’hui, c’est que le destin en voulait ainsi et je ne veux surtout pas montrer aux personnes de mon entourage que je suis faible.
Après 2 semaines au CHU, on me transfert dans un centre de rééducation. Je tiens à souligner que pendant ces 2 semaines au CHU, je perds 23 kilos je reviens presque au même niveau musculaire qu’a mes débuts de méthode en 2008. Arrivé au centre, on me donne mon emploi du temps des semaines à venir. Kiné 4h et ergothérapeute 2h par jour. Photo de mon arrivée au centre ci-dessous.

 

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Je progresse difficilement, car en plus de ma colonne, j’ai eu une fracture de l’omoplate droite et une fracture aux cervicales. Après 3 mois d’écharpe, ma fracture est réparée. Ma progression est fulgurante, en plus de mes heures de kiné et d’ergo, on me rajoute 1 heure de sport où l’on passe la moitié du temps à apprendre à manier le fauteuil dans toutes les conditions et l’autre moitié, au renforcement musculaire. Je reprends très vite goût à la musculation et je me fixais des objectifs toujours plus difficiles à atteindre tous les jours. Je reprends 10 kilos très rapidement. Voir photo ci-dessous.

 

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Mais je ne veux pas m’arrêter là, je veux reprendre la masse musculaire que j’avais avant mon accident et même davantage. Je regarde sur youtube si je peux trouver des vidéos sur des mecs en fauteuil qui font de la muscu. En France je ne trouve rien, par contre un mec du nom de Nick Scott qui est professionnel IFBB wheelchairs aux Etats-Unis, montre grâce à sa chaine youtube que même en fauteuil, on peut obtenir des résultats impressionnants. Bien sûr, on est aux US donc il ne faut pas se leurrer, le mec est chargé comme une mule. De plus, je me rends vite compte que l’on a pas du tout le même type de paraplégie, ce qui m’obligera par la suite à trouver mes propres astuces pour pouvoir m’entraîner sans douleur.

9 mois de rééducation plus tard, je sors enfin et je m’inscris la semaine d’après dans une salle et commence à me faire mes propres programmes. J’apprends à écouter mon corps. N’ayant aucune sensation dans les jambes et un équilibre du tronc limité, je me rends compte que bon nombre d’exercices me demandent un effort considérable alors que les charges sont relativement faibles. Là où une personne de mon gabarit fera du développé couché à 100 kgs, moi je tremble sous une barre à 40 kg.

J’abandonne tous les exercices qui me mettent dans une position inconfortable et décide sur les conseils d’Olivier de travailler en séries longues avec des charges minimes.
Je fais donc ce genre de programme pendant 1 an et demi. Début de l’été 2014, je décide de me fixer comme objectif, de réaliser des tractions avec mon fauteuil. Avec la condition physique que j’avais à ce moment-là, je parviens à en réaliser une dizaine très rapidement.
Plus tard, je les intègre à mon entrainement du dos. 6 séries entre 8 et 10 répétions avec un temps de repos de 1m30. Cet exercice est très éprouvant et je ne saurais pas expliquer pourquoi (étirement de la colonne sur une arthrodèse fixe ? sûrement). À chaque série, mon coeur s’emballe et quand je me repose au sol, j’ai la sensation que mes jambes se sont détachées de mon corps ! Avec le temps, les effets se sont estompés. Je réalise une courte vidéo sur une série de traction et la partage sur Facebook dans le groupe Lafay où je réalise plus de 200 000 vues, ce qui est tout à fait incroyable et me motive d’avantage.
Après les tractions, je voulais réussir à réaliser des dips. 6 mois après ma réussite aux tractions, je réalisais mes premières dips. Pareil, je les inclus dans mon programme pectoraux et obtiens de super résultats.

 

Aujourd’hui, je suis capable de réaliser tous les exercices de la méthode pour le haut du corps, sauf les pompes une main qui me demande trop d’équilibre. Aujourd’hui, je pratique la méthode 2 fois par semaine en incluant juste du curl pour les bras et en milieu de semaine, je vais à la salle pour corriger mes asymétries avec une séance vraiment cool.
Et les résultats sont là. Aujourd’hui, je ne saurais pas dire combien je pèse, car mes jambes ont énormément perdu de volume, mais pour ce qui est du haut du corps, je n’ai jamais été aussi sec et musclé même en étant valide. Comme quoi tout est réalisable et ce n’est pas fini, je compte bien progresser davantage et prouver aux gens que la paraplégie n’est pas une fatalité et que ma vie peut être autant voir plus enrichissante que celle des valides :-).
Bien entendu, je ne suis pas rentré dans les détails de la paraplégie, car oui les jambes ne bougent plus mais il y a tous le handicape invisible à prendre en compte qui est justement bien plus difficile à maîtriser et à vivre au quotidien et m’empêche parfois d’être régulier.
J’espère que ces quelques lignes vous auront donné assez d’énergie pour réaliser vos futurs projets !

 

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Apprentissage et souffrance

« Plus un apprentissage a été difficile, malaisé, douloureux ou même humiliant, moins l’individu est prêt à remettre en cause la valeur de ce qui lui a été enseigné. Cela signifierait en effet qu’il a investi et souffert pour rien. »

Citation de Gregory Bateson, anthropologue, psychologue, épistémologue américain (1904-1980) Et, étant à l’origine de la pensée écosystémique et bienveillante, référence centrale de la Méthode Lafay.

Bien entendu, c’est nécessairement dans une société qui valorise la souffrance (menant paraît-il au mérite et à la valeur individuelle) que les apprentissages auront été longs et difficiles 🙂

C’est dans une société qui enseigne à l’aide de la souffrance, que cela est possible.

Le pouvoir éduque à la souffrance et via la souffrance. Les adultes, relais du pouvoir dans la famille, éduquent leurs enfants de façon brutale « pour leur bien », se soumettant ainsi aux valeurs des dominants. L’enfant ainsi éduqué valorise à son tour la souffrance en grandissant. Il valide ainsi le pouvoir en place. Et le pouvoir continue de communiquer sur la valeur souffrance (sacrifices, etc.).
La boucle est bouclée.
Tout le monde considère que vivre dans la souffrance va de soi. Ce n’est guère remis en question, même si ce culte de la souffrance n’avantage que ceux qui sont tout en haut de la hiérarchie sociale, et qui s’évitent, eux, de par leur position, bien des souffrances.

Bateson explique aussi que c’est dans les sociétés historiques, qui datent de quelques milliers d’années, après la naissance de l’agriculture, que le pouvoir, pour s’assurer la dominance et la maintenir, a poussé les gens à sortir de l’Optima pour aller dans le Maxima. C’est le début de la véritable exploitation de l’Homme par l’Homme…
Si c’est pas assez clair, regardez les 3 vidéos Effi-Sciences Lafay (youtube) sur la Zone de confort 🙂

Olivier Maurel explique, lui, que dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, on ne frappe pas les enfants. Ces sociétés dites primitives considèrent qu’un enfant ne peut pas comprendre et qu’il est donc inutile de le frapper ou de le punir.
Ces « primitifs » avaient intégré les recherches les plus actuelles en neurosciences…

>>> Il y a donc un lien étroit, historique, de cause à effet, entre la violence sociale, les échelles de dominance et la violence faite aux enfants, sans chercher à les comprendre.
Wilhelm Reich explique dans « La révolution sexuelle » que les parents sont la courroie de transmission qui établit auprès des enfants les volontés du pouvoir.

Dans une société de douceur, la citation de Bateson n’aurait pu exister. La violence sociale serait faible ou inexistante. Les enfants ne seraient donc pas mis sous pression, et ne reproduiraient donc pas le schéma social et la violence parentale. Et les hiérarchies seraient forcément très différentes de celles qu’on connaît (où très peu de gens s’accaparent tout, vivent dans l’opulence, et enseignent au peuple qu’il est bon de souffrir pour exister).
En fait, chaque baffe à un gosse est, sans qu’on le sache clairement, un acte de soumission aux ordres venus des dominants…