Les apports du Tome 2 pour les Coachs : cybernétique et entrainement, par Maxime Bratanoff (première partie)

Bonjour, je me présente, Maxime BRATANOFF 30 ans.

J’exerce le métier de préparateur physique depuis 2009 (après des études spécialisées au STAPS de Dijon et son Centre d’Expertise de la Performance Gilles Cometti) pour des sportifs individuels (tennis notamment) et coach pour des personnes désirant apprendre à manager le stress qui les affecte au quotidien (douleurs corporelles, des tensions psychiques, et graisses excédentaires) et accroître leurs performances (prise de muscle, développement global et spécifique des qualités physiques).

Mon parcours personnel est multiple, puisqu’ayant pratiqué différents sports depuis ma jeunesse (karaté, football, rugby, force athlétique, boxe, savate, course à pied, et cross training). Donc,un attrait pour la polyvalence et la nouveauté.

Lorsque j’ai découvert la Méthode Lafay en 2008, je ne comprenais pas comment on pouvait progresser en force et masse avec le type de travail envisagé (séries longues légères et repos courts), puisque fortement influencé par mes apprentissages à la FAC et en salle d’haltérophilie-force athlétique ( à Dijon).

J’ai même violemment combattu son auteur une première fois en 2008 sur son forum, et lors d’un différent en 2011.

Puis j’ai fait ma route engrangeant les savoirs et l’expérience nécessaire à un préparateur physique en côtoyant de grands coach du domaine comme Christophe Carrio, en me formant auprès d’eux, et me servant en parallèle des apports techniques de Jacques Piasenta, Naudi Aguilar, David Weick, Pavel Tsatsouline mes références personnelles.

Je n’ai même quasiment pratiqué la méthode que quelques semaines par ci par là au plus (en 2009 et 2012 durant 6 semaines a chaque fois), préférant des entrainements plus variés/amusants, ou pour moi plus « scientifiques » et plus « équilibrés ».

 

noir-blancClément

 

A l’époque et même encore récemment, j’étais loin de savoir tout ce qui se cachait derrière cette fabuleuse façon de voir le sport.

Comme l’ensemble des détracteurs j’étais peu d’accord avec ce que pouvait dire Olivier Lafay m’armant de références scientifiques du domaine (American College of sport medecine, NSCA, la littérature scientifique russe…) que tous les autres auteurs/entraineurs utilisent régulièrement pour construire leurs systèmes/programmes.

Ce qui fait qu’aujourd’hui je m’intéresse plus que jamais à son travail de fond, c’est peut être que pendant toutes ces années « quelque chose » m’a toujours parlé et par conséquent j’ai continué à suivre les blogs, les articles, les progressions faramineuses de divers athlètes vus sur le net, mais aussi rencontrés sur le terrain. Séduit par la pédagogie utilisée, la mise en avant des élèves avant sa propre image, un discours toujours cohérent entre théorie et pratique avec la découverte de multiples auteurs, n’ayant en apparence aucun lien avec la science de la musculation (ou pas, finalement!)   

 

1) Relier les disciplines pour mieux cerner les besoins humains et faire progresser le sportif

Si le sport en général, et la musculation (qu’elle soit culturisme, préparation physique ou entrainement croisée des qualités physiques) est une entreprise de développement de soi ou le corps et l’esprit sont un seul et même système complexe (système qui tisse des liens entre des parties pour créer un tout, une vision holistique), alors on comprendra vite l’intérêt et l’apport des auteurs cités dans le Tome 2 de la Méthode Lafay (Henri Laborit, Paul Watzlawick, Edgar Morin, Henry Atlan , Alice Miller, Anna Harendt, Edward Hall…) pour la construction d’un modèle d’entrainement-système de pensée autre que ce que la vision traditionnelle apporte.

Ceux qui fuiront ces apprentissages par peur qu’Olivier Lafay ai raison sur ce point sont bien a plaindre, car au final c’est se tirer une balle dans le pied que de ne penser la musculation, la préparation physique, qu’au travers du prisme de sa seule spécificité ses sources spécifiques, la recherche d’efficacité pour elle-même (régie par toutes la littérature et les études afférentes). 

 

a) La Vision Macroscopique: adopter la démarche transdisciplinaire

Edgar Morin, sociologue et constructiviste contemporain, dans son livre  les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur, dit la chose suivante:

« Contrairement à une opinion répandue, le développement des aptitudes générales de l’esprit permet d’autant mieux le développement des compétences particulières ou spécialisées. Plus puissante est l’intelligence générale, plus grande est sa faculté de traiter des problèmes spéciaux »

 

edgar_morinEdgar Morin

 
Boris Cyrulnik (Dialogue sur la Nature Humaine) s’exprime également à ce sujet: « Soit nous décidons d’être spécialiste, une situation tout à fait confortable intellectuellement puisqu’il nous suffit d’accumuler de plus en plus d’informations sur un point de plus en plus précis : on finit alors comme le dit le dogme, par tout savoir sur rien. Soit nous décidons d’être généraliste, c’est-à-dire mettre notre nez, un peu à chaque fois dans la physique, la chimie, la biologie, la médecine légale, la psychologie : on finit alors par n’être spécialiste en rien, mais on a la meilleure opinion sur la personne qui nous fait face et qu’on appelle l’homme ».

Voilà la différence entre une connaissance de niveau supérieur (processive) et la connaissance spécialisée (réflexive) qui peut être sclérosée car dissociée des contextes. C’est la systémique qui dépasse l’analytique.

C’est ce que dernièrement beaucoup n’ont pas compris lorsqu’on parlait de Cybernétique. Celle-ci permet d’adopter l’esprit généraliste tout en alliant pertinence, savoir de pointe exploitable et simplicité d’accès et d’utilisation.

Il va donc devenir nécessaire d’élargir notre vision, d’adopter une vision globale de l’homme intégrant l’entrainement et son univers comme périphériques. La demande d’adaptation à tous les stimuli du quotidien (pas uniquement ceux de l’entrainement) demande de complexifier (tisser les liens) organisme-contexte-environnement.

 » Lorsque l’on veut transformer son corps tout en maîtrisant un tantinet sa trajectoire de vie, il importe de subordonner la construction du corps à la construction de soi. Si l’on veut répondre favorablement aux exigences sociales contemporaines d’adaptation permanente, sans être détruit, et se déployer dans le monde de manière satisfaisante et durable, le muscle ne peut être une fin, seulement un moyen. Et l’entraînement devient périphérique au lieu d’être central.  » Olivier Lafay

 

Cindy Lafayenne1Cindy

 
b) Qu’est ce qu’une vision Globale ?

Nous sommes des entités au cœur d’une trinité Espèce-Individu-Société (cf. Edgar Morin) et nous avons besoin de l’entrainement comme d’un simple outil pour se faire du bien et progresser pour briller dans toutes les strates de notre existence. Or, le temps, l’énergie et le focus vont venir à manquer si l’on passe son temps à assouvir sa passion par l’entrainement intense, fréquent, et volumineux, les soins réguliers pour récupérer du corps qui fatigue, et d’une alimentation pointue autorisant peu d’écarts pour progresser réellement et rapidement.

On en vient nécessairement à se frotter à des résistances au changement, car plus on optimise la matrice « entrainement-régénération-apprentissages techniques », plus on sacrifie des éléments importants, des découvertes dans divers domaines, une ouverture à la nouveauté. On ferme le système complexe que nous sommes. On s’appauvrit. On décline paradoxalement en performances et santé.

C’est la destruction du Tout, l’amenuisement des possibilités, pour satisfaire une partie (le muscle, la performance). La perte de vue de l’Optima pour se centrer sur le Maxima… Toute l’histoire de notre société régie par le culte de la performance et une vision analytique de nos agissements…

 

Thomas Dalla CostaThomas

 

c)les limites du paradigme classique de l’entrainement des qualités physiques

Dans cette configuration du culte de l’effort pour progresser et briller, l’entrainement devient et reste central. Tout dans le système va être orienté et géré de manière à moins empiéter sur celui-ci dès lors qu’on vise un résultat « hors normes ».

On tient à rester performant le plus souvent possible et la tension de ne pas le rester devient énergivore (encore un paradoxe quand on sait que le sport doit nous rendre athlétique dans un contexte hors-sport).

 

Qu’est-ce que le contexte?

D’après Olivier Lafay : « Ce sont tous les éléments qui influent sur notre vie, qui la contraignent, en bien ou en mal. En tant qu’individu, nous évoluons dans un contexte biologique, social, matériel, environnemental, historique et idéologique. Nous sommes façonnés par ce contexte (nous sommes produit) et nous le façonnons par nos actions (nous sommes producteur). Nos relations au monde, aux autres et à nous-mêmes (et donc à notre corps) ne peuvent être séparées du contexte.Si nous désirons que ce contexte nous serve au mieux, notamment dans notre quête d’un meilleur physique, nous devons appréhender les règles qui le constituent. Notre propre contexte de vie peut limiter notre progression musculaire et, par manque de connaissances, nous pouvons êtres amenés (inconsciemment) à façonner un contexte qui renforcera ces limites, voire en créera de nouvelles.[…] Mieux comprendre le contexte, c’est pouvoir penser ses objectifs, ses modèles, ses relations, son investissement et se reprogrammer dans le sens d’un comportement adapté à la poursuite d’objectifs adéquats, modifiables à chaque instant par l’analyse critique. En clair, c’est gagner en souplesse comportementale, pour un mieux-être. C’est se mettre en condition de pouvoir « danser avec la vie » (cf. Edward Hall), de la « surfer » (cf. Joël De Rosnay). »

 

Joel_de_RosnayJoël de Rosnay

 

Les contextes de vie où l’on a besoin de toute notre énergie physique et psychique sont le plus souvent hors entrainement. Comment faire face l’imprévu de la vie si le prévu et l’objectif de performance nous fatigue ? Comment y faire face alors qu’on stresse régulièrement l’organisme ?

Ces questions raisonnent en tout cas comme un signal d’alarme, et je crois avoir suffisamment vu et discuté avec des entraineurs pour m’apercevoir que c’est une réalité implacable. L’élitisme, le niveau exceptionnel sportif, exige les plus grands sacrifices. Ce n’est pas normal, et ça ne devrait pas l’être.

Si bien que la solution actuelle c’est de forcer l’adaptation… nous verrons bientôt que la cybernétique nous ouvre la voie d’un chemin différent et plus adéquate et répond à la question : Comment s’entrainer et progresser rapidement et durablement sans sacrifices tout en préservant son énergie pour la redistribuer pleinement ailleurs ?

Le discours du monde du sport aujourd’hui, c’est qu’ il faut mettre les moyens, s’armer d’une volonté de fer, faire ce que d’autres ne pourront faire, et être exceptionnel, se voir en héros pour soi même et les autres ensuite. Et payer le prix fort en rayant de la carte tout ce qui se mettra en travers de son projet. Cela doit vous dire quelque chose… Ce discours élitiste, sacrificiel, dans lequel je ne me retrouve plus ; avec le recul je l’ai même toujours su et je m’y étais résigné pour moi et mes athlètes.

Comme de plus en plus de personnes d’ailleurs et même parfois clamé par des sommités du sport voyant à quel point le TOUT est broyé par ce culte de la performance :

« Les succès engourdissent, ankylosent l’esprit du sportif s’il s’enferme dans le ghetto du sport : lorsque la limite est devenue mince entre la confiance et la suffisance, qu’il est plus fier de ce qu’il croit être devenu plutôt que de ce qu’il a fait, que la santé figure sur la liste de moyens et non des fins, que l’addiction à sa pratique est telle qu’il éprouve le sentiment que sa vie sociale est source de déséquilibre, etc. »

( Jacques Piasenta, ex entraineur de Marie-José Perec et Christine Aaron) »

Ainsi, au lieu de tisser et augmenter nos liens (notre complexité), nous devenons des personnes peu adaptables, peu enclines à modifier notre épistémologie (vision du monde).

Nous sommes ces fameux moutons, terme utilisé pour parler « des autres ».

Nous ne nous démarquons que par des choix de consommation (ici l’entrainement et la nutrition), et nous sommes fiers d’afficher cette pseudo-différence, tant le fond de ce qui nous conditionne n’a jamais été questionné. Comme le disait Goethe, « Nul n’est plus désespérément esclave que celui faussement convaincu d’être libre ».

Fin de la première partie.

 

 

Références Bibliographiques:

 

Méthode de Musculation : l’espace stratégique, Olivier Lafay

Méthode de Nutrition, Olivier Lafay

L’Homme relationnel, Jean Jacques Wittezaele

Cybernétique et société : l’usage humain des êtres humains, Norbert Wiener

Introduction à la physiologie : cybernétique et régulations, Bernard Calvino

La Systémique, Daniel Durand

Pour une culture de la gagne, Jacques Piasenta

Le Macroscope, Joël De Rosnay

Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Edgar Morin

Conférence « Le défi de la complexité », Edgar Morin

Dialogue sur la nature humaine : Boris Cyrulnik et Edgar Morin

L’éloge de la fuite Henri Laborit

L’apprentissage autorégulé, Laurent Cosnefroy

Périodisation de l’entrainement, Tudor BompaSupertraining, Yuri Verkhoshansky

La Bible de la préparation Physique, Didier Reiss et Pascal Prévost

https://www.nsca.com/Education/Articles/Hot-Topic-Practical-Auto-Regulatory-Strength-Training/

 

Je remercie Olivier, Denis, Raphaël et Rémy pour leurs apports sur l’élaboration de cet article.

4 réflexions sur “Les apports du Tome 2 pour les Coachs : cybernétique et entrainement, par Maxime Bratanoff (première partie)

  1. C’est drôle parce que ça fait deux ans et demi que je pratique la méthode maintenant et de façon de plus en plus assidue, et en fait je me retrouve dans ce que vous dites : »l’addiction à sa pratique est telle qu’il éprouve le sentiment que sa vie sociale est source de déséquilibre » et : »Nous ne nous démarquons que par des choix de consommation (ici l’entrainement et la nutrition), et nous sommes fiers d’afficher cette pseudo-différence, tant le fond de ce qui nous conditionne n’a jamais été questionné. Comme le disait Goethe, « Nul n’est plus désespérément esclave que celui faussement convaincu d’être libre ». »
    Mais du coup quand on a une vie sociale, ça empiètre forcément sur les performances et la progression étant donné que l’on se couche plus tard, que l’on controle moins bien sa diète, que l’on a moins de temps pour s’entrainer ou s’étirer, pour récupérer, est-ce faux ?

  2. ( Rémi au lieu de Rémy 😉 )

    Sympa l’article Maxime
    Je veux pas faire de la pub pour un certain auteur, mais dans un célèbre article, Stratégie de la motivation, il y a avait déjà quasiment toutes ces notions, de manières implicites ou non. 2nd principe de la thermo, toujours et partout … 🙂

    « On en vient nécessairement à se frotter à des résistances au changement, car plus on optimise la matrice « entrainement-régénération-apprentissages techniques », plus on sacrifie des éléments importants, des découvertes dans divers domaines, une ouverture à la nouveauté. On ferme le système complexe que nous sommes. On s’appauvrit. On décline paradoxalement en performances et santé. »

    C’est en appliquant ce principe au système pratiquant-entraînement-contexte qu’on comprend la nécessité de ne pas se focaliser sur un élément précis, comme la musculation pour un athlète.

    Maintenant, on peut aussi l’appliquer à la connaissance elle même. Quand on dis que la solution est extérieur, c’est que l’on se sert d’une connaissance en apparence séparée pour l’intégrer à notre problème.

    => Exemple avec la biologie (Laborit) ou la sociologie (Morin, Ehrenberg) qu’on applique à la musculation. Une fois la machine en marche, on comprend petit à petit ces raccords pluridisciplinaires.

    Pour aller plus loin, il y a le rapport entre thermodynamique et information. C’est la clef, comment faire passer l’information sans création d’entropie ?

    Ce qui a amené à la théorie de l’information (origine de la cybernétique) et de la systémique. Et après il y a eu la théorie de l’auto organisation, en tête si on peut le dire.
    Il y a quelques livres qui font la passerelle biologie/physique, à l’origine de tout ça d’après ce que j’en comprend.

    Quand tu penses « information », penses à quelque chose qui te donne une forme.
    Exemple, le gène te donne une forme à priori, ton environnement te donne aussi une forme.
    Tout en sachant que l’on est à 100% des êtres biologiques (génétique) et sociaux (environnement). Comme tu le dis en reprenant le terme trinité de Morin.

    La cybernétique nous renseigne sur la façons dont sont faites, ou traitées ces informations si tu veux, (comme un algorithme).

    La systémique, c’est la reliance entre plusieurs disciplines
    Exemple, biologie et sociologie ou physique
    La biologie nous dit quoi penser de l’entraînement (comment construire le muscle par exemple) et la sociologie nous dit comment nous comporter vis a vis de l’entraînement. A un autre niveau encore, l’écologie (dans son sens large) nous apprend comment cultiver les ressources nécessaires en respectant notre environnement. L’écologie est une science de la complexité, comme la méthode en est une.

    Enfin, l’auto organisation, c’est la Méthode, quelque chose qui apprend à donner forme, comme on le désire, tout en étant autonome.

    C’est pondu rapidement, mais c’est ce qu’il me vient à l’esprit en te lisant 🙂

    Et en réponse au commentaire au dessus (Anonyme):
    Si tes performances baissent sensiblement lorsque tu as une vie sociale, comme tu le dis, c’est que tu en oublies le contexte. Il devrait être naturel de ne pas forcer après un week end festif, de coller au plus près l’entraînement en fonction de son état du moment. Ne pas hésiter à faire une mini boucle si l’on ne sent pas au top de notre forme.
    Enfin, il y a des efforts à faire, mais c’est un compromis qu’il faut essayer de trouver. Pour reprendre les termes d’Olivier, « c’est un effort sans culte de l’effort ». 😉

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