Entraînement Stratégique, guerre facile

MickaelRoux

 

Je propose de remplacer la maxime « Entraînement difficile, guerre facile » par celle-ci : « Entraînement Stratégique, guerre facile ».

J’en entends déjà certains s’exclamer : « qu’est-ce que c’est encore que ces conneries ! Il va encore nous pomper l’air avec son entraînement où on aurait soi-disant du muscle sans rien foutre ! »

Ou encore : « de toute façon, on n’a rien sans rien ! Si c’est pour nous faire croire qu’on peut être opérationnel en se la coulant douce, inutile de lire cet escroc ! »

Ou même : « un, guerrier, ça s’entraîne comme un guerrier ! On doit aller à l’entraînement comme on va sur un champ de bataille. C’est ça qui rend fort. La vie est comme ça, point barre ! »

Et le plus réfléchi des énervés de dire : « il n’y a aucun mérite à vaincre sans combattre. Où est donc la gloire, la valeur de la victoire, si on n’en a pas chié avant, pendant, et même après (faut bien vivre avec ses blessures) ? »

Je comprends ces réactions, qui sont si spontanées qu’on sent bien que les conceptions défendues font partie de notre culture.
Aussi, j’invite chacun à lire la suite et à se faire son avis.

Avant tout, je tiens à dire que la maxime « Entraînement difficile, guerre facile » est vraie… sous un certain angle. La vérité qu’elle contient s’est en quelque sorte prouvée sur divers théâtres d’opérations.
Lorsque l’on oublie que notre regard, notre conception de l’action, sont façonnés par nos conditionnements culturels, on a le sentiment que cette maxime se vérifie régulièrement. On voit ce qu’on a appris à voir et on a tendance à vouloir prouver ce qu’on nous a appris.
Et on entend dire : « on a bien fait d’en baver pour se préparer, car cela n’a pas été de la tarte, mais on a réussi. »

Effectivement, un organisme maltraité s’endurcit. Il peut devenir plus fort à court et moyen terme, il résiste à la douleur pendant un temps donné. Un organisme constamment sous tension sera aussi sous tension sur le « terrain »; il sera plus vigilant. Un organisme régulièrement stressé agit en organisme stressé, c’est-à-dire accaparé par sa survie dans le cadre qui lui est imposé.

Mais sa vigilance est lié à une surtension qui l’use. Sa combativité, née du stress régulier qu’on lui impose, l’use. Il s’endurcit, oui, mais au détriment de sa santé, de sa longévité et de son recul en situation de stress. Il est comme le rat dans la cage décrit par Henri Laborit ici :https://youtu.be/8ubYKgXU5ms

On peut bien sûr s’adapter à de forts stress. La réussite de l’espèce humaine est directement liée à notre très grande capacité d’adaptation.
Mais, en tant qu’individu, il faut mettre dans la balance ce qu’on gagne en s’adaptant et ce qu’on perd.

L’intérêt de l’espèce humaine n’est pas forcément celui de l’individu. De même, un groupe humain peut perdurer en sacrifiant certains des individus qui le composent, voire parfois une forte proportion de ces individus. Et l’idée d’un entraînement difficile repose sur cette conception du sacrifice du « guerrier »… à tous niveaux.

Mais, si on met l’accent sur ce qui singularise l’espèce humaine, sa zone orbito-frontale développée, son intelligence, on peut aussi imaginer la survie du groupe ET l’épanouissement de l’individu. Ou au moins la sauvegarde, autant que possible, de son intégrité physique et mentale.

Un organisme au mieux de sa forme, dont on aura préservé le système nerveux, sera finalement plus résistant, plus affuté, et sa vigilance sera élargie car il aura la possibilité d’avoir davantage de recul.

Ajouter du stress au stress fragilise. Alors que préserver, voir augmenter la complexité de l’organisme le rendra plus solide et plus subtil. Son potentiel énergétique et combatif pourra être libéré au bon moment, ce capital n’ayant été diminué en aucune façon par des manoeuves antérieures usantes.
Et il aura des réserves lui permettant de résister efficacement à un stress  »légitime », et un système immunitaire solide.

Si vous avez pu développer vos aptitudes stratégiques à l’entraînement, celles-ci seront présentes sur le terrain (quel qu’il soit).
Si l’entraînement vous apprend à être posé, à ne pas user inutilement votre énergie, à construire, avancer, progresser, et vaincre avec peu d’efforts, voire sans combattre, alors cette habitude agira en vous comme un conditionnement global et sera donc transférable à d’autres activités.

« Qui peut le plus peut le moins »
Un stratège peut être subtil dans son approche de l’action, ou  »bourrin  », en fonction de ses besoins.

L’inverse n’est pas vrai : un  »bourrin » ne saurait être stratège, ne saurait être subtil.

Braslevés

4 réflexions sur “Entraînement Stratégique, guerre facile

  1. Je suis issu des sports d’endurance (course à pied notamment). Tout ceci est vrai à mon sens mais vraiment pas nouveau. A trop s’entraîner, on tombe dans le surentraînement et c’est la contre-performance (voir plus dans certains cas). Tout sportif d’endurance un peu aguerri le sait.

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