Un préparateur physique qui a compris

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Ci-dessous, vous trouverez un petit texte de Maxime Bratanoff, préparateur physique, qui répond à un élève de STAPS ne comprenant pas la Méthode Lafay.

 

En musculation classique, les séries longues et légères ne sont pas censées donner de la force et du volume. C’est pourquoi des professionnels de la musculation ont régulièrement affirmé que les résultats de la Méthode Lafay étaient scientifiquement impossibles. Ce qui signifie, soyons clairs, que je serais un charlatan/escroc qui utilise des athlètes soulevant des haltères en cachette pour promouvoir mes livres…

 

Je comprends tout à fait qu’à ses débuts la Méthode Lafay ait pu laisser dubitatives de nombreuses personnes élevées selon les dogmes de la musculation classique (et des savoirs scientifiques reliés). Et même après bientôt onze années d’existence, de nombreux professionnels de la musculation regardent encore la Méthode comme une bizarrerie certainement malhonnête, inexplicable… et inexpliquée (du moins le pensent-ils). Persuadés d’avoir, en tant que professionnels, tout le savoir nécessaire dans leur « logiciel » mental, ils sont passés à côté de mes long textes explicatifs et copieusement référencés (parfois avec dédain et mépris).

 

L’avis d’un préparateur physique, étoffé de quelques explications, pourra peut-être leur permettre de passer un cap.

Qu’ils soient rassurés, mes rapports avec Maxime ont été plutôt houleux au début. Il y a déjà quelques années, alors qu’il était powerlifter, il est entré en conflit ouvert avec moi, persuadé que mon discours n’était pas viable. Puis, visiblement touché par mes réponses et démonstrations, cet homme curieux a lu mes textes, a lu certaines de mes références, et il a fini par comprendre quelques aspects importants de mon travail.

Voici donc sa réponse à cet étudiant en STAPS :

« Travailler en séries longues/charges légères avec une approche classique ne donne pas le même résultat que des séries longues avec le système de Boucle (revenir un peu en arrière dès que la fatigue/stagnation physique ou psychologique s’installe pour remonter sans forcer et ouvrir son homéostasie, ce qui fait que des séries « longues » deviennent mentalement courtes pour toi).

Dans le premier cas (musculation classique où les séries longues et légères sont recherchées pour un type de développement précis), il y a de fortes possibilités que cela ne donne que peu de force/puissance comparativement à des séries courtes en force ou en pliométrie par exemple.

Dans le cas d’une approche systémique, la situation change complètement. Cela n’a pas encore été étudié par les STAPS, ni par les BPJEPS AGFF, car les principes scientifiques utilisés sortent du cadre de la musculation.

Ils pourraient largement faire avancer les choses en se cultivant davantage (voir les travaux de Henri Atlan, Gregory Bateson, Pierre Karli, Joël de Rosnay, Thomas Kuhn, Edgar Morin, Jean Louis Le Moigne, Gaston Bachelard…).

Nous vivons dans une société où les savoirs ne sont pas ou peu reliés (aucune transdisciplinarité) + une volonté humaine de dominer l’autre (le concurrent, le néophyte) accrue (approche analytique Elitiste).

 

Les préparateurs physiques soucieux de progresser et faire progresser leurs élèves devraient commencer à s’intéresser au système de Boucle (de rétroaction) mis au point par Olivier Lafay, à l’épigénétique, à l’épistémologie (je te laisse faire les recherches associées à ces termes) mais aussi et surtout à définir l’interaction individu/contexte/relations pour créer quelque chose d’encore plus sain et efficace pour le corps/esprit. Car, qu’on le veuille ou non, les « blouses blanches » et les « coachs de terrain » cherchent encore et toujours à trouver ce qui est « le mieux », la crème de la crème (processus d’Optimisation), au lieu de trouver du Sens (processus d’Adéquation – cf Jean-Louis Le Moigne), plus précisément un rapport système de soi/système d’entrainement souple et adaptatif. »

 

En écho à ce texte de Maxime Bratanoff, qui reprend en les synthétisant quelques éléments importants des mes textes, je vous propose deux citations complémentaires de Norbert Wiener, l’inventeur de la Cybernétique, la science fondant la Méthode Lafay.

Norbert Wiener, admis à 11 ans à l’université, obtenant son doctorat à 18 ans et élaborant ensuite une science qui a radicalement bouleversé le 20° siècle et avec laquelle nous vivons tous aujourd’hui. Une science présente partout et pourtant fort mal connue.

Une science qui a ouvert l’univers des machines, de l’informatique, et dont la puissance et la clairvoyance ont tracé le chemin de l’épigénétique et des recherches actuelles les plus pointues dans le domaine de l’analogique.

 

« la presse exalte le  »savoir-faire  » américain depuis que nous avons eu le malheur de découvrir la bombe atomique. Il y a pourtant une qualité plus importante que celle-là et beaucoup plus rare aux Etats-Unis. C’est le  »savoir-quoi » grâce auquel nous déterminons non seulement les moyens d’atteindre nos buts, mais aussi ce que doivent être nos buts. »

 

« J’ai dit que l’homme moderne, et particulièrement l’américain, quelque  »savoir-faire » qu’il puisse avoir, est dénué de  »savoir-quoi ». Il acceptera l’habileté supérieure des décisions prises par la machine sans trop s’inquiéter des motifs et principes qui les fondent. »

 

(si on remplace « machine » par « institution », ça marche aussi) 

 

Dans ces propos de Norbert Wiener, on comprend la nécessité des réflexions téléologiques et épistémologiques, ces réflexions qui ont permis l’élaboration de la Méthode Lafay.

A noter que ces citations datent de 1955. Depuis, le mode de vie américain a envahi le monde, et le culte de l’efficacité, sans discussion des motivations et des buts, est implanté partout.

 

La Cybernétique, lorsque l’on va au bout de sa logique est subversive; elle remet en question, notamment dans le domaine du travail corporel, l’idéologie qui commande nos actions. Elle interroge cette idéologie. Et elle la renverse…

Cela explique certainement le manque d’intérêt pour cette science dans le domaine de la musculation, domaine ô combien imprégné de l’idéologie dominante (performance, compétition, possession de soi/de l’autre/de la nature, affrontement permanent, narcissisme exacerbé, victoire à tout prix).

 

Quel est le but de la Méthode Lafay?

 

Croître et durer.

 

Cette entrée a été publiée dans Blog. Bookmarquez ce permalien.

3 réflexions sur “Un préparateur physique qui a compris

  1. Bonjour Olivier,

    J’ai une question en rapport avec la création de la méthode et son développement. Dans quelle mesure la réflexion épistémologique a t’elle précédée la construction de la méthode, ou bien l’a t’elle plutôt accompagnée ?

    C’est à dire : avez-vous construit la méthode en vous disant : « je veux changer le paradigme idéologique de la musculation en créant une méthode » ou bien, en créant une méthode, vous vous êtes rendu compte qu’elle serait meilleure en changeant les présupposés de la musculation classique ?

    En ce qui concerne son développement : à quel point celui-ci était prévu et organisé ? Quand on regarde l’évolution des concepts que vous mettez en valeur, vous êtes passé progressivement d’une méthode constructiviste (en insistant sur ce terme), puis efficiente, anti NPNG etc. Je sais que c’est lié. Était-ce prémédité d’éduquer vos élèves dans cet ordre spécifiquement, ou bien sont-ce les feedbacks de ceux-ci qui font progresser votre propre compréhension de la portée ce travail et de ces conséquences sur l’idéologie dominante en musculation et dans la société.

    Le fond de cette question est celui-ci :
    Votre travail et ses conséquences sont immense. Je me demande si, pour réaliser ce genre d’exploit, on prépare d’abord une base conceptuelle et idéologique forte puis on réalise le travail, ou bien si la construction idéologique accompagne le développement du travail.

    J’espère que je me suis fait comprendre.

    PS : j’ai rencontré en personne E.Morin hier soir, dans le cadre d’un débat à comité réduit sur l’avenir de l’humanité avec Jean Claude Ameisen. C’était sensationnel de s’entretenir avec un monument de sagesse et de mémoire comme lui.

    PS 2 : je n’ai pas eu l’occasion de vous remercier pour le T2. MERCI ! Il apporte tellement intellectuellement, il m’a fait un bien fou.

    Ken

    • Aux questions, je répondrai à chaque fois ; « les deux ! »
      🙂
      Tout a commencé par des interrogations sur les limites dans l’entraînement de musculation « classique ». Les limites et mes limites…
      Après avoir découvert Jung, j’ai commencé à concevoir la musculation comme partie d’un ensemble plus vaste concourant à l’épanouissement individuel. Comme Jung réintégrait le Mo dans le Soi, je réintégrai plus ou moins confusément la musculation (oeuvre du Moi occidental) dans un Soi à définir.

      Puis, j’ai découvert Paul Watzlawick. Une révélation !
      Et je me souviens très bien de ce jour de 1994 où j’ai dit à ma compagne : « je vais prolonger les enseignements constructivistes dans le domaine du corps. »
      C’était parti !
      Et la première mouture de la Méthode fut réalisée en quelques mois.
      Ensuite, j’ai lu, beaucoup lu et expérimenté.
      Et mon projet a évolué conjointement à ces lectures.
      J’allais de l’un à l’autre (des livres à l’élaboration).
      Les grandes lignes du projet étaient inscrites en moi depuis un moment quand je suis arrivé sur le net.
      Il suffit de lire la Stratégie de la motivation, écrit en 2004, pour saisir l’essence du projet.
      J’ai bien sûr rusé, gardé certaines choses en moi, afin de progresser au rythme des lecteurs. Et ces derniers ont aussi permis d’aboutir la forme de mon discours et de mon projet. J’ai encore beaucoup de choses à dire. Mais j’y vais pas à pas. Je suis assez bien imprégné de l’évolution globale du système pour savoir quand donner afin d’avoir le maximum d’impact (ni trop tôt, ni trop tard).
      Comme dit dans l’introduction du Tome 2, j’ai grandi avec mes lecteurs. Le fond a pris la forme « nécessaire » dans le monde 🙂
      Et le projet va continuer à onduler, se modifier, voire se métamorphoser, en accord avec la danse menée avec le monde. Les idées prendront la forme et un ordre « nécessaires ». Bref, les retours des lecteurs me font évoluer. Je danse en permanence avec eux, mes lectures incessantes et le projet (qui reste un projet révolutionnaire, mais d’une révolution douce).

      Ps : pour la rencontre avec Edgar Morin, c’est une grande chance. Magnifique !

  2. Bonjour Olivier Lafay
    Je suis de plus en plus passionner par la méthode depuis le tome 2 . Je me suis remis à l’entraînement avec sérieux , en relisant bien les articles du blog . Et je me suis demandé pourquoi maintenant que vous avez votre entreprise LDMT Que vous n’organisier pas de formation Pour Les chaochs car certain ne trouve que des informations basique qui sont dépassés dans le domaine du sport? Votre savoir est immense dans le domaine quand je fais des recherches sur la cybernétique ( sa définition) je suis surpris et étonné car personne à par vous n’avez mis La Musculation à un tel niveau de connaissance. C’est peut être pour cela que vous dérangé tant. Comptez vous Former des pratiquants en leur accordant une formation diplomante au métier de coach sportif? Et avez vous pour projet de publié un livre sur les articles de votre blog après la parution de la méthode lafay avec haltère ?
    Merci pour ces articles passionnant

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