La Méthode Lafay et l’épistémologie selon Bateson

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D’où vient l’idée d’une méthode de musculation conçue d’après les enseignements de la pensée stratégique chinoise et de la cybernétique?

L’idée vient, en premier lieu, d’un changement épistémologique…

 

L’épistémologie, c’est un domaine d’étude, une discipline qui observe et analyse la manière dont la science se forme. Elle cherche à répondre à la question : “comment connaissons-nous?”

Par extension, on parle de l’épistémologie de quelqu’un quand on expose sa manière de voir, ses conceptions, ses valeurs, conditionnements… Tout ce qui va être à l’origine de ses actes, choix, déclarations.

C’est ce qui conditionne a priori notre idée du vrai.

Ce n’est donc plus l’épistémologie comme domaine d’études, mais l’épistémologie comme “ensemble de nos présupposés”.

C’est cela le sens de Gregory Bateson. En citant Siegfried Schmidt dans “la Construction d’un modèle alternatif“, je parle de l’épistémologie occidentale.

J’utilise l’expression “programmes culturels” et j’écris :

“Avez-vous déjà songé au fait que, pour chaque « position » que vous prenez au cours de votre vie, il existe nécessairement une « présupposition »?

« Quoi que nous fassions, nous le faisons sous la forme d’une position : nous faisons ceci et pas autre chose. » (Siegfried Schmidt)

Et nous pensons, et nous agissons, toujours sur la base de présuppositions généralement inconscientes. Celles-ci sont constituées de nos expériences passées et de nos apprentissages. A l’arrière-plan de la conscience, rangées dans des cases, se trouvent des informations sur ce que l’on doit ou ne doit pas faire; et comment le faire.”

Les programmes culturels (notre épistémologie) déterminent jusqu’à la manière d’aborder la science, les enfermements dans des paradigmes et la manière dont on en sort, en modifiant plus ou moins notre épistémologie.

(cf “la structure des révolutions scientifiques“, ouvrage du physicien Thomas Kuhn)

Bateson utilise le mot “Langue” (ou syntaxe) pour dire que notre façon de décrire (parler) repose sur une “épistémologie” qui nous conditionne.

Siegfried Schmidt utilise le terme “discours” ( cf ouvrage intitulé « Histoires et discours »).

L’épistémologie, c’est notre vision du monde. Et bien peu connaissent leur vision du monde, bien peu l’ont exploré. Ce qui amènent les autres à se conformer par les actes et les paroles à une idéologie inscrite profondément en eux (ce qui annule chez eux l’idée de la liberté qu’ils pensent avoir).

Selon Bateson, il s’agit donc, dans tous les cas, des représentations collectives qui sont “sous un discours”, fût-il apparemment scientifique.

Autrement dit, il y a un “choix” qui précède nos choix.

Comme le dit Jean-Luc Giribone quand il présente l’épistémologie selon Bateson : “Employant telle langue […], nous décidons [forcément] que là se trouve le problème, que les éléments qui font problème sont ceux-là, s’appellent ainsi. Ce choix, pour passer généralement inaperçu, est en fait plus décisif que celui de la solution – et, dans bien des cas, comme on le sait, il le détermine sans qu’on veuille le reconnaître. Dans ce cas, l’espace de la recherche se ferme : les solutions données d’avance, s’inversent en faux problème; la pensée se pétrifie en dogmatisme.

Le Constructivisme permet justement cette réflexion sur la (notre) “réalité”, qui nous ouvre alors de nouveaux horizons. Avant de nous préoccuper de la solution, nous nous préoccupons de la manière dont nous envisageons, intimement, les problèmes. Nous observons nos présupposés, notre épistémologie.

C’est ainsi qu’a pu germer l’idée de la Méthode Lafay. Et cela explique les perturbations créées chez et par les détracteurs de la Méthode, dont l’idée de ce qui est vrai et faux, leur épistémologie, mise au jour par mes articles, a brutalement vacillé.

Et plus leur idée du “vrai” est chez eux contraignante, plus leur réaction est violente.

Gregory Bateson nous invite à transformer notre épistémologie : à penser et agir en fonction de circuits totaux (cybernétique) et non en fonction d’arcs de circuits, des seuls éléments pris séparément, tels que nous avons été conditionnés à le faire.

(cf son ouvrage « Vers une écologie de l’esprit »)

La Méthode Lafay est le fruit de cette pensée et de cette action fondée sur une épistémologie autre. Elle montre comment transformer notre épistémologie et les bénéfices que cela peut engendrer (en termes de transformation corporelle et de bien-être). Comme le fait Bateson, dans sa foulée, elle invite à penser avec davantage de souplesse. Ou, comme l’écrit François Jullien, elle invite à « décaler sa pensée », car les gains induits sont considérables

Si vous êtes parvenus jusqu’ici, vous devez avoir compris pourquoi j’ai écrit « Si l’on veut passer à un niveau supérieur de raisonnement, d’analyse, alors il faut savoir comprendre que la distinction entre les entraînements n’est pas une question d’outil (haltères, ressorts, poids de corps, etc.), mais de méthode, et donc, à la réflexion, la distinction est avant tout épistémologique (au sens de Gregory Bateson).»

(dans l’article « je n’ai pas une conception religieuse de l’entraînement au poids de corps » : https://www.facebook.com/notes/m%C3%A9thode-lafay/je-nai-pas-une-conception-religieuse-de-lentra%C3%AEnement-au-poids-de-corps/10152736235776579 )

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