L’Homme Savant, l’Homme Dément, l’homme qui se dope… ou pas?

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Je vois régulièrement des discussions enflammées sur le dopage éventuel de tel ou tel athlète mobiliser des centaines de participants.

 

Généralement, cela se passe ainsi :

1 – une personne publie la photo d’un sportif en demandant si son niveau est accessible avec la Méthode Lafay. Cette personne peut aussi demander en combien de temps elle atteindra ce niveau en s’entraînant avec des haltères;

2 – la plupart du temps, il s’agit d’un sportif à la musculature énorme, saillante, veineuse. La photo est prise sous un angle « esthétique », avec jeux de lumière avantageux et utilisation de retouches photo;

3 – ensuite commence le débat (l’affrontement) entre ceux qui affirment que le sportif présenté en photo est dopé… et ceux qui affirment le contraire;

4 – les arguments de ceux qui affirment que le sportif est non-dopé se résument assez rapidement. Pour eux, on peut atteindre de très grosses dimensions si l’on s’entraîne pendant des années. Ce qui est bien sûr faux, puisque le corps atteindra en quelques années des limites naturelles que des dizaines d’années d’entraînement supplémentaires ne permettront pas ensuite de franchir.

Un autre argument consiste à dire que la plupart des pratiquants de musculation classique ne sont pas fous au point de prendre des risques en se dopant. En effet, si le dopage est dangereux pour la santé, alors seuls quelques fous vont passer le cap et se piquer. Mais les autres, étant forcément plus raisonnables, ne vont pas jouer avec leur santé… Donc, les gros musclés que l’on voit habituellement exhibés sur le net sont naturels pour la plupart. Il suffirait, dit-on, de s’entraîner dur pendant des années pour devenir comme ces « modèles » se prétendant sains et naturels (certains sont même énormes, secs… et végétaliens !).

 

Mais les hommes sont-ils sages à ce point? Sont-ils raisonnables au point de ne pas être prêts à prendre des risques parfois énormes si cela peut leur permettre d’atteindre un idéal?

Quand atteindre la grandeur devient une obsession, où met-on la limite entre raison et déraison? Entre sagesse et folie? Et qui peut dire la « vraie vérité » sur ce que doit être la norme, le lieu où se définit la seule manière de « bien vivre »?

 

Pour revenir à ce débat récurrent sur le dopage, je voudrais répondre à ceux qui espèrent tant que l’être humain soit 100% rationnel qu’ils en viennent à dire que d’énormes gars biens secs ne sont certainement pas dopés… car le dopage c’est dangereux.

Pourquoi se doperaient-ils donc si le dopage est aussi dangereux? Ils ne sont pas si fous?

 

En fait, l’humain n’est pas et ne sera jamais 100% rationnel. Notre folie est consubstantiellement liée à notre raison.

Edgar Morin décrit l’humain comme « Homo Sapiens Demens ». Ce qu’il veut dire par là, c’est que, sans notre tendance à la folie, nous ne tendrions pas aussi vers la sagesse.

Notre folie, c’est aussi notre aspiration à la grandeur, à nous dépasser, à nous révolter contre un « ordre naturel » perçu comme injuste. Notre folie, c’est notre désespoir devant la condition humaine qui nous pousse à maquiller ce désespoir comme on peut.

 

Alors, où chacun d’entre nous va-t-il placer le curseur entre sagesse et déraison, pour chaque pensée, chaque activité qu’il entreprend?

 

La réponse, on peut la voir autant chez celui qui s’entraînera de manière efficiente, afin de vivre assez vieux dans de bonnes conditions de santé, en s’ouvrant à d’autres activités, à la culture, pour vivre certaines des « folies » permises par l’atteinte de cet état.

 

Mais la réponse, on peut aussi la voir chez celui qui désirera si fort la grandeur, que tout ce qui l’en rapprochera sera immédiatement adopté sans davantage de réflexion (ou, si la réflexion existe, elle repousse l’idée de vivre vieux comme étant une idée « rationnelle »).

 

Et d’autres réponses, il en existe des millions, toutes faites de nuances, entre Sapiens et Démens, ou plutôt : faites de Sapiens et de Demens, entremêlés à chaque fois d’une manière singulière.

 

Tout comme l’individu peut jouir de rester en appui sur une seule jambe, nu, pendant une heure sous une chute d’eau glacée, il peut aussi abréger sa vie en se dopant pour paraître seulement beau et… sain.

 

Qui peut lui dire qu’il sera « sauvé » s’il suit un seul et unique chemin?

Ce qui compte, en fait, c’est de savoir, de comprendre, de discuter, de se cultiver, afin d’être davantage libre et d’avoir… le choix.

Ce qui compte, c’est d’apprendre à voir où naît le mensonge destiné à protéger l’image que l’on veut donner de soi (et aussi à faire naître et protéger des commerces très lucratifs directement liés à ces physiques présentés comme naturels, qui vont parfois jusqu’à revendiquer l’adoption de régimes 100% sans viande, afin de paraître encore plus respectueux de la nature).

 

Le No Pain No Gain est critiquable pour ceux qui ont compris tout ce qu’il implique. Il conduit à une vision du monde et à une façon de vivre ce monde qui semble dangereuse pour ceux qui ont entrevu d’autres options. On sait qu’il conduit à ce qu’on voit sur la vidéo ci-dessous.

 

Le No Pain No Gain est considéré comme déraisonnable pour tous ceux qui voient la vie comme un bien à faire durer et à enrichir sous des myriades de facettes.

Mais d’autres le voient autrement. Et comprendre cela, comprendre les raisons qui sont à la base d’attitudes fort différentes (opposées) permet aussi de distinguer celui qui se dope de celui qui ne le fera pas.

 

Si tous comprenaient ce qui fait de nous des humains, alors ces échanges houleux sur ce qui est accessible ou non sans dopage cesseraient d’exister, de revenir de manière récurrente sur les espaces internet. Si Chacun comprenait les conditions sociales et psychologiques qui mènent au dopage, alors il serait bien plus aisé de porter un jugement « objectif » sur le dopage éventuel d’un athlète présenté en photo ou vidéo.

 

9 réflexions sur “L’Homme Savant, l’Homme Dément, l’homme qui se dope… ou pas?

  1. Et apres ca Olivier LAFAY fait de la  »pseudo-phylosophie ».??? Un peu de respect svp. Cet homme au dela d’avoir créé la méthode partage une vision tres sage et réfléchie du monde, de la vie, des rapports humains. Ses réfléxions menent au développement et a l’évolution de l’etre tout entier, bien au dela de la structure du livre vert.
    J’ai beaucoup de plaisir a vous lire Olivier. Chaque fois que je lis un de vos articles orienté  »philosophie », je ressens une certaine sagesse me gagner au fur et a mesure que j’assimile le contenu, et je ressens une chaleur amplie de bons sentiments.
    Merci

  2. Mohammed Benaziza avait dit : « je préfère mourir jeune et connu, plutôt que vieux et méconnu ». Sa mort prématurée était donc cohérente avec sa façon d’aborder la vie.

  3. En début d’année j’ai posé une chimio à un ancien coureur cycliste professionnel de 35 ans, il m’expliquait les ravages que le dopage avait fait sur son corps. Il y’a deux mois j’ai vu son nom dans la rubrique nécrologique du journal.
    Le problème c’est qu’on a pas un aperçu clair et objectif (des statistiques), des BB (ou sportifs) qui ont développé des pathologies ou qui sont décédés, à la suite de dopage. (ou peut être que ça existe mais je ne suis jamais tombé sur ce genre de chiffres)

    • Est-ce que les fédérations sportives tiennent des registres de leurs morts et blessés divers, avec les causes bien définies de chaque pathologie (mortelle ou non)?

  4. Je n’en ai jamais entendu parler Olivier.
    Mais étant donné que ces responsables de fédération savent pertinemment que le dopage est présent, mais refusent d’en parler, ça serai un comble pour eux de faire une liste des écueils de leur politique de performance…
    Après est ce que les effets secondaires (pathologies chroniques, ou carrément mort brutale) n’arrivent pas plusieurs années après la période faste du sportif? Et à ce moment cet ex sportif aurait été perdu de vu par sa fédération…

    • De tels registres pourraient être établis en suivant les athlètes pendant et après leur carrière sportive.
      Mais, si ces registres existaient et étaient rendus publiques, c’est le sport lui-même qui serait repensé.

  5. Ya qu’à voir les membres de la team superphysique pour voir ce que peut donner un entraînement au naturel serieux, et le constat est simple, on est loin de ces athlètes…

  6. la vidéo fait beaucoup réfléchir.. et encore, elle ne montre pas tout les bodybuilders (même actuels) qui sont dévenus difformes..

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