Petit avant-goût du prochain article (2)

Nota : ce texte n’est qu’un fragment d’un texte plus long à paraître bientôt sur le blog. Ces fragments que je donne régulièrement ici ne suivent pas nécessairement l’ordre du texte originel. Ils sont destinés à vous donner un « petit avant-goût » des thèmes abordés dans l’article complet, et à poser la réflexion à venir, en autorisant déjà discussions et débats.

 

sisyphecras

 

Lorsqu’il s’agit de théoriser l’acceptation de la souffrance, nous le faisons tout naturellement, en nous appuyant sur le stock culturel à notre disposition. Nous nous racontons une histoire, faite de l’association de divers éléments culturels, puisés dans notre univers privé ou lors de rencontres (école, tv, sport, cinéma, politique, arts, romans de SF ou de fantasy, essais, littérature).

L’histoire dominante de notre société, celle que la plupart des gens se racontent, ressemble à peu près à cela :
L’accès à l’information, pour tous, a rendu le monde petit, transparent, et a mis en relief son absurdité. Si autrefois, l’individu devait traverser une « vallée de larmes » (psaume 84) avant de pouvoir entrer dans la maison de Dieu, il n’est plus certain que cette traversée mène à la vie éternelle. Désemparé face à la mort de Dieu (Nietzsche), l’individu se révolte contre sa mortelle condition (Camus), et décide de lutter, en repoussant toujours les limites, en s’inventant un sens, au travers du dépassement constant de soi, pour accéder au surhomme. Il imite le christ, se sacrifiant pour accéder à un au-delà de lui-même. En s’imposant la douleur, en s’imposant de multiples épreuves desquelles il espère au final triompher (épopée), il échappe ainsi à l’ordre naturel de la soumission au monde, et récolte comme prix suprême le sentiment de maîtriser sa vie. C’est lui qui décide…
Mais les impondérables, le chaos qui règne sous les formes stables, l’affaiblissement programmé et visible de toute forme de vie, lui font conjointement ressentir qu’il est le jouet de forces qui le dépassent (tragédie). La fin de l’aspirant surhomme sera tragique, lorsque ce héros auto-désigné perdra la vie dans un dernier combat inégal, n’ayant pu repousser assez loin les limites, transmettant alors le flambeau aux suivants, la tâche de poursuivre la mission de l’homme révolté.

Les croyants sont épargnés par une partie des angoisses de l’homme occidental contemporain, mais ils n’en sont pas moins, pour la plupart, soumis à cette nécessité d’adaptation permanente et en recherche d’une réalisation héroïque de soi.

C’est dans cette histoire, plus ou moins bien affinée, référencée et racontée selon les personnes, que s’enracine une théorisation de l’acceptation sous forme de devise : no pain no gain. Cette formule, couramment usitée en musculation, synthétise en quelques mots deux conceptions de notre rapport à la souffrance. Dans la première conception, la souffrance accompagne inévitablement le progrès (GAIN with PAIN). Dans la seconde, la douleur précède le progrès (PAIN puis GAIN).

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